La récente rencontre entre le ministre Mays Mouissi et le groupe Ika Group marque le lancement d’un chantier technique aux implications sociales explosives : la digitalisation intégrale du cadastre. Ce projet, mené en collaboration avec IGN France International, ne vise pas seulement à moderniser l’administration, mais à assainir un secteur foncier gangréné par l’opacité. Le passage à un système numérique intégré promet de confronter les titres de propriété papier à la réalité géographique du terrain, révélant sans doute des incohérences accumulées depuis des décennies.
Le « chaos foncier » que ce nouvel outil s’apprête à mettre en lumière concerne d’abord les doubles, voire triples immatriculations sur une même parcelle. La superposition des couches cartographiques numériques permettra d’identifier instantanément les litiges latents et les attributions irrégulières qui freinent aujourd’hui de nombreux projets de construction. Pour le citoyen, cette réforme est synonyme de sécurisation : le titre foncier numérique, adossé à des coordonnées GPS précises, deviendra une preuve inattaquable, réduisant drastiquement les spoliations et les conflits de voisinage devant les tribunaux.
Au-delà de la paix sociale, l’enjeu est éminemment économique. Un cadastre transparent et numérisé est le socle indispensable à l’investissement privé et à la levée de fonds bancaires. Jusqu’à présent, l’incertitude sur la propriété réelle des terrains empêchait les banques d’accepter les hypothèques, gelant ainsi des milliards de francs cfa de crédits potentiels pour le logement. En intégrant des plateformes comme E-TAX, l’État compte également optimiser la fiscalité foncière, assurant une rentrée de recettes souveraines jusqu’ici largement évaporées dans l’informel.
Toutefois, cette transition vers la transparence totale ne se fera pas sans résistance. La révélation d’accaparements de terres par certaines élites ou le chevauchement de domaines privés sur des zones protégées pourraient provoquer des remous politiques majeurs. Le gouvernement fait donc le pari de la technologie pour imposer une justice foncière durable. Si le défi technique est de taille, le succès de ce cadastre numérique sera le véritable indicateur de la capacité de la Transition à instaurer un État de droit là où l’arbitraire et le « papier » ont trop longtemps régné.














