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Gabon : le gouvernement recule et maintient finalement les subventions pétrolières pour éviter la grogne sociale 

le coup de coeur

Le gouvernement gabonais avait annoncé, avec un ton autoritaire, la fin de la subvention de l’État sur les produits pétroliers à compter du 1er janvier 2026. Cette mesure était présentée comme un impératif budgétaire, indispensable pour libérer des marges financières et assainir les comptes publics, alors que la pression sur le déficit s’accentuait.

Le ministre du Pétrole et du Gaz, Sosthène Nguéma Nguéma, avait détaillé un plan où l’augmentation des prix des carburants devait permettre d’alléger le budget de l’État et d’orienter les ressources vers des investissements stratégiques. Sur le papier, cette réforme apparaissait comme courageuse et nécessaire. Mais la population sentait déjà le vent du choc économique, avec des transporteurs, commerçants et automobilistes qui pressentaient l’explosion des coûts et l’impact direct sur le coût de la vie.

Une volte-face spectaculaire

Deux mois plus tard, coup de théâtre. Le 5 novembre 2025, le ministre annonce, d’un ton plus mesuré, que la suppression de la subvention est annulée. Le président Brice Clotaire Oligui Nguéma aurait tranché en personne, invoquant le risque de « conséquences économiques et sociales lourdes » si la réforme était appliquée. La volte-face est spectaculaire : ce qui devait être une réforme de rupture devient un simple statu quo. Le gouvernement, qui se voulait résolument réformateur, apparaît ici en recul face aux pressions sociales, choisissant de calmer la rue plutôt que de maintenir un cap économique difficile mais théoriquement salutaire. Cette décision illustre la fragilité d’un État pris entre impératifs budgétaires et nécessité de préserver la paix sociale.

L’impact économique d’une telle annulation est loin d’être neutre. La subvention carburant avait coûté 110 milliards de fcfa en 2024, soit près de 0,9% du PIB selon la Banque Mondiale, une charge colossale pour un État déjà contraint par ses obligations financières. Sans la subvention, les prix du carburant auraient pu bondir de 30% frôlant les 800 fcfa le litre d’essence, entraînant une hausse immédiate des coûts de transport et des denrées alimentaires, et frappant durement le pouvoir d’achat des ménages. L’inégalité sociale aurait été exacerbée, les ménages modestes subissant de plein fouet la flambée des prix tandis que les consommateurs urbains aisés, plus motorisés, auraient bénéficié d’une part disproportionnée de la réforme initiale. Le maintien de la subvention constitue donc un arbitrage politique qui sacrifie temporairement l’équilibre budgétaire au nom de la stabilité sociale.

Eviter une confrontation sociale

Ce revirement révèle une logique politique où le gouvernement préfère éviter une confrontation sociale plutôt que de poursuivre une ligne économique impopulaire. En coulisses, la décision est perçue comme une victoire de l’opinion publique et des pressions internes, révélant la sensibilité du pouvoir aux réactions immédiates des citoyens. La rue, en somme, dicte sa loi. Le message est clair pour tous : même les mesures annoncées comme incontournables peuvent être suspendues si le mécontentement menace de dégénérer. Le Gabon montre ainsi que ses réformes économiques restent étroitement encadrées par le facteur social, limitant la marge de manœuvre du gouvernement.

Entre paix sociale et efficacité économique

Néanmoins, cette décision soulève enfin une question. Comment concilier rigueur budgétaire et attentes sociales dans un contexte où la dépense publique est déjà sous pression ? Le maintien des subventions peut apparaître comme un soulagement à court terme pour les ménages, mais il ne règle en rien la question de la soutenabilité budgétaire. Les prochains mois seront déterminants pour observer si le gouvernement trouve un mécanisme plus ciblé pour aider les plus vulnérables, ou si cette « pause » dans la réforme marque simplement un recul stratégique en attendant un moment plus opportun pour reprendre le dossier. En attendant, c’est bien la paix sociale qui prime sur l’efficacité économique.

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