Le gouvernement se félicite d’avoir apuré 28,3 milliards de fcfa d’arriérés envers ses partenaires multilatéraux. Un effort salué mais qui, à l’échelle de la dette publique gabonaise, relève davantage du symbole que du tournant budgétaire. À fin juin 2025, l’encours total de la dette du pays dépassait en effet 8600 milliards de fcfa, selon les chiffres officiels du ministère de l’Économie. Autrement dit, ce remboursement représente à peine 0,33% du stock global de dette.
Cette opération, qui a permis de solder les comptes vis-à-vis de sept institutions, notamment la Banque africaine de développement (12,3 milliards), l’Agence française de développement (8,8 milliards) et le FMI (4 milliards), vise à restaurer la confiance des bailleurs et à éviter toute suspension de coopération. Les paiements incluent aussi des montants plus modestes à la Banque mondiale, au FIDA, à la BEI/FED et à la BADEA. Le ministère de l’Économie présente cette régularisation comme une « démonstration de crédibilité financière », préalable nécessaire au lancement de nouveaux projets en 2026.
Il faut dire que le véritable enjeu est ailleurs avec le recours à une nouvelle vague d’endettement. Le Projet de Loi de Finances 2026 prévoit en effet près de 315 milliards fcfa de nouveaux prêts-projets, dont plus d’un tiers proviendra des mêmes institutions tout juste remboursées. Parmi les programmes phares figurent la deuxième phase du PADEG, le PASE dans le secteur de l’énergie, ainsi que plusieurs projets urbains soutenus par l’AFD. En clair, le Gabon paie pour mieux emprunter.
Cette stratégie interroge néanmoins sur la cohérence de la politique d’endettement. À mesure que le pays rembourse de petites sommes pour débloquer de nouveaux financements, le stock global de dette continue de croître, dépassant désormais 60% du PIB. Dans un contexte de recettes pétrolières fluctuantes et de marges budgétaires limitées, certains économistes y voient davantage un ajustement diplomatique qu’un redressement structurel.
Le signal envoyé aux créanciers est certes positif étant entendu que Libreville montre sa volonté de respecter ses engagements. Mais sur le plan macroéconomique, 28 milliards de remboursement pour 8600 milliards de dette relèvent plus du geste politique que de la cure financière. Le véritable défi reste celui de la soutenabilité : transformer ces futurs prêts en projets productifs capables de générer de la croissance et non en nouvelles lignes d’endettement sans impact réel sur l’économie nationale.








