Le présalaire s’impose aujourd’hui comme l’un des piliers de la sortie de crise proposée par le gouvernement dans l’éducation nationale. Concrètement, il s’agit d’un paiement transitoire, inférieur à la solde complète, versé à des agents déjà en poste mais dont la situation administrative n’est pas entièrement régularisée. Dans le cas gabonais, il concerne notamment les sortants d’écoles (ENIL/ENIF) et les enseignants anciennement appelés “bénévoles”, intégrés sans acte définitif.
Sur le plan budgétaire, le présalaire est un outil de lissage. Il permet à l’État d’absorber progressivement de nouveaux agents dans la masse salariale, sans supporter immédiatement le coût complet d’une titularisation. En clair, c’est une manière de payer sans régulariser totalement, ce qui limite l’impact immédiat sur les finances publiques. Mais cette logique a une contrepartie : elle diffère l’ouverture des droits (avancement, retraite, rappels), maintenant les agents dans une zone grise.
Le Gabon n’est pas un cas isolé. Des mécanismes comparables existent ailleurs en Afrique, sous d’autres appellations : contractuels de l’État, volontaires rémunérés, agents temporaires. En Côte d’Ivoire ou au Sénégal, ces dispositifs ont parfois servi de sas d’entrée dans la fonction publique. La différence majeure tient à la durée : là où ces statuts sont strictement bornés dans le temps (un à deux ans), le présalaire gabonais s’est souvent éternisé, devenant une forme de précarité durable.
Économiquement, le risque est double. D’une part, le présalaire crée un effet cliquet : chaque agent payé en présalaire est appelé, tôt ou tard, à basculer vers la solde complète, augmentant mécaniquement la masse salariale future. D’autre part, il entretient une pression sociale permanente, car les agents concernés travaillent à plein régime sans bénéficier des droits attachés à leur fonction.
En ce sens, le présalaire n’est ni une solution miracle ni un simple détail technique. Il est un choix de gestion publique. Utilisé comme outil transitoire clairement borné, il peut faciliter l’ajustement budgétaire. Utilisé comme palliatif durable, il devient un facteur structurel d’instabilité, exactement ce que la crise actuelle met en lumière.











