Depuis le début de l’année, les consommateurs gabonais constatent une hausse du prix de la Régab, passée de 500 à 600 fcfa pour les formats 65 cl. Une évolution qui touche un produit bien plus qu’une simple boisson : la Régab est un marqueur social, omniprésent dans les bars de quartier, les cérémonies familiales et les grands événements populaires. Derrière cette augmentation, SOBRAGA invoque un « réajustement tarifaire ciblé », présenté comme mesuré et nécessaire dans un environnement économique devenu structurellement plus coûteux.
Selon l’entreprise, cette décision s’inscrit dans un contexte mondial marqué par la hausse durable des coûts de production : matières premières importées, énergie, transport logistique, fiscalité et charges opérationnelles. Un contexte confirmé par les données macroéconomiques nationales. La Note de conjoncture sectorielle du troisième trimestre 2025 relève que, malgré une inflation contenue à +1,8 % en moyenne annuelle, les prix des biens importés continuent de subir des tensions, tandis que les coûts énergétiques et logistiques restent élevés. Pour un industriel comme SOBRAGA, fortement dépendant d’intrants importés (bouteilles, capsules, certains ingrédients), ces pressions finissent par se répercuter.
Sur le plan sectoriel, la dernière note de conjoncture sectorielle souligne également que la production des boissons gazeuses et alcoolisées a reculé de 4,6 % au troisième trimestre 2025, après un trimestre précédent exceptionnellement dynamique, lié notamment aux événements électoraux et festifs. Toutefois, sur les neuf premiers mois de l’année, la filière affiche encore une progression de +8,2 %, traduisant une demande structurellement solide.
Cette résilience explique pourquoi les brasseries continuent d’investir, malgré un environnement plus contraignant. C’est précisément sur ce point que SOBRAGA justifie son choix. L’entreprise met en avant la nécessité de préserver la qualité des produits, d’assurer leur disponibilité sur l’ensemble du territoire, y compris dans les zones enclavées, et de maintenir le rythme de ses investissements industriels. Dans un secteur qui emploie directement et indirectement plusieurs milliers de personnes, la question de la préservation de l’emploi est également centrale, alors même que l’activité industrielle nationale demeure contrastée.
Reste que, pour le consommateur gabonais, cette hausse n’est pas anodine. La Régab occupe une place particulière dans le quotidien et l’imaginaire collectif : elle accompagne les moments de convivialité et reste perçue comme une boisson « accessible ». Le passage à 600 fcfa marque donc un tournant symbolique. Il illustre les arbitrages auxquels sont confrontées les entreprises locales, prises entre la nécessité de rester compétitives, la maîtrise des coûts et la sensibilité d’un pouvoir d’achat déjà sous pression. Dans un contexte où l’État affiche sa volonté de lutter contre la vie chère, cette hausse relance, en filigrane, le débat sur l’équilibre entre industrie locale, fiscalité et protection du consommateur.











