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Gabon : le sabot de Denver, une prise d’otage technique bien plus qu’un acte de régulation

Dans les artères saturées de Libreville, et particulièrement au Marché Banane du PK8 ou celui de Petit Paris, le stationnement est devenu un sport à haut risque où la sanction ne vise plus à fluidifier le trafic, mais à immobiliser le capital. Le « sabot », ce dispositif métallique rudimentaire, est détourné de sa fonction primaire de police urbaine pour devenir l’instrument d’une véritable prise d’otage technique. En bloquant physiquement un véhicule, l’agent ne libère pas la voie publique, il aggrave souvent l’encombrement, mais il s’assure une emprise totale sur l’usager, contraint de négocier sa liberté de mouvement dans l’instant.

Cette pratique s’apparente à une forme d’extorsion de fait, là où le Code de la route et les textes sur la police municipale prévoient normalement une amende administrative avec un délai de paiement. Ici, le retrait du sabot est conditionné à un versement immédiat : soit les 24 000 fcfa réglementaires (souvent sans garantie de quittance immédiate), soit le « forfait » de 10 000 fcfa versé de la main à la main. En privant le citoyen de l’usage de son bien de manière arbitraire, l’administration sort du cadre de la loi n°069/84 pour entrer dans celui de la prédation économique.

Le contraste avec les ambitions de modernisation du pays est saisissant. Alors que l’État consacre plus de 960 milliards de FCFA à sa masse salariale en 2026, l’usager du PK8 se retrouve face à un système qui semble fonctionner sur un modèle de « chasse à la prime ». Ce n’est plus la faute qui est traquée, mais l’opportunité de cash. Le sabot artisanal, souvent mal ajusté et risquant d’endommager les trains roulants, devient le symbole d’une autorité qui préfère la force mécanique à la rigueur du procès-verbal électronique.

Pour l’automobiliste, déjà ponctionné par la Redevance d’Usure de la Route (RUR) et diverses taxes indirectes, cette immobilisation forcée est la goutte d’eau qui fait déborder le vase de la tolérance fiscale. La pose du sabot sans possibilité de contestation préalable est une négation du droit de défense. Au Marché Banane, là où l’absence d’aires de stationnement est une faute de gestion municipale, transformer cette carence en source de revenus illicites est un aveu d’échec des politiques urbaines.

Le Ministre des Transports est ici interpellé sur la cohérence de son action. On ne peut prôner la digitalisation des services tout en laissant prospérer une « milice du sabot » qui opère en dehors de tout circuit comptable transparent. Si le sabot doit rester un outil de sanction, il doit être le dernier recours après constatation d’une gêne réelle, et non le premier outil d’un racket systémique qui prend en otage la mobilité des Gabonais pour alimenter des caisses noires.

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