C’est ce que révélait l’agence de notation en décembre dernier. Le premier péché capital identifié par Fitch est l’ivresse de la dépense publique. Depuis le changement de régime en août 2023, le Gabon a basculé dans une politique budgétaire expansionniste, portant le déficit à 6,1% du PIB en 2025 contre 3,7% l’année précédente. Cette dérive est alimentée par une volonté de répondre immédiatement aux pressions sociales, mais elle se fait au prix d’un déséquilibre macroéconomique que l’agence juge insoutenable, car déconnecté des capacités réelles de mobilisation des recettes non pétrolières.
Le second péché est celui de l’opacité et de la désinformation budgétaire. Fitch souligne avec une pointe d’ironie le manque criant de données officielles sur les opérations financières de l’État en 2025. Cette absence de visibilité force l’agence à extrapoler à partir de l’augmentation massive de la dette régionale (61% en seulement huit mois). Pour les investisseurs, ce « trou noir » statistique est le signal d’une perte de contrôle des finances publiques ou, pire, d’une volonté de dissimuler l’ampleur réelle des engagements de l’État.
Le troisième péché concerne la « cavalerie » financière sur le marché régional. En perdant son traitement de faveur (risque-poids de 0%) auprès du régulateur COBAC, le Gabon a vu l’appétit pour ses titres s’effondrer, avec des enchères ne couvrant parfois même pas la moitié des besoins de financement. Fitch dénonce une dépendance excessive à un marché domestique désormais saturé, où le gouvernement tente désespérément de refinancer des dettes à court terme pour payer des engagements à long terme, une stratégie qui mène inévitablement à l’impasse.
Quatrièmement, Fitch fustige le mépris des engagements contractuels, illustré par l’explosion des arriérés de paiement. Que ce soit envers les fournisseurs locaux (13,2% du PIB fin 2024) ou les créanciers extérieurs, le Gabon utilise le défaut de paiement comme une variable d’ajustement budgétaire. Ce « financement par l’arriéré » détruit le tissu économique local et ferme les portes de la finance internationale. Pour Fitch, cette pratique n’est plus une anomalie de gestion, mais est devenue le mode opératoire par défaut de l’État gabonais.
Pour finir, le cinquième péché est l’inertie structurelle face à la rente pétrolière. Malgré les discours de diversification, le pays reste prisonnier de la volatilité des cours de l’or noir. Fitch prévoit une baisse des revenus pétroliers qui ne sera pas compensée par les secteurs miniers ou forestiers, faute d’investissements massifs dans les infrastructures (rail, électricité). En restant « addict » aux hydrocarbures tout en augmentant son train de vie, le Gabon s’expose à un choc de solvabilité brutal à la moindre baisse durable des prix du baril sur le marché mondial.














