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Gabon : les comptes nationaux reposent encore sur des données datant de 2005

La qualité des statistiques économiques constitue l’un des angles morts de la gouvernance économique gabonaise. Selon le rapport technique du FMI consacré aux outils de prévision macroéconomique, les derniers comptes nationaux officiellement validés remontent à 2005, soit près de 20 ans de décalage statistique. Dans la plupart des économies émergentes, les comptes nationaux sont actualisés tous les ans ou tous les deux ans afin d’ajuster les indicateurs de croissance, de productivité et de structure économique. L’absence de données récentes complique la lecture réelle de la performance économique du Gabon, dont le PIB est estimé autour de 20 à 21 milliards de dollars (près de 12 000 milliards de fcfa), et limite la précision des projections macroéconomiques.

Cette situation s’explique en partie par des difficultés structurelles rencontrées par l’appareil statistique national. La production de statistiques économiques repose sur plusieurs administrations, notamment la Direction générale de la statistique, les douanes, le Trésor et la Banque centrale. Or la coordination entre ces institutions reste parfois complexe. Plusieurs enquêtes économiques nécessaires, notamment les enquêtes entreprises, consommation des ménages et emploi, n’ont pas été réalisées de manière régulière au cours des quinze dernières années.

Dans les faits, les autorités économiques utilisent aujourd’hui des estimations et des projections afin de combler ce déficit statistique. Ces estimations permettent de produire des prévisions macroéconomiques mais reposent sur des bases parfois fragiles. Plusieurs paramètres utilisés dans les modèles économiques sont encore calibrés à partir de données anciennes, alors même que l’économie gabonaise a évolué, notamment avec l’essor du secteur minier et la transformation industrielle du bois. Les exportations de manganèse ont par exemple dépassé 8 millions de tonnes par an, plaçant le Gabon parmi les trois premiers producteurs mondiaux.

À l’échelle régionale, ce retard statistique contraste avec les progrès réalisés par certains voisins de la CEMAC. Le Cameroun et la République du Congo ont déjà engagé des programmes de mise à jour de leurs comptes nationaux basés sur les standards SCN 2008, alors que le Gabon fonctionne encore en partie sur des bases héritées du SCN 1968. Pour les économistes, ce décalage complique également les comparaisons économiques au sein de la sous-région.

Mays Mouissi, actuel ministre de l’habitat et du logement, soulignait il y a quelques années que la modernisation de l’appareil statistique constitue une priorité stratégique. « Un pays qui ne produit pas régulièrement ses statistiques économiques navigue à vue », rappellait-t-il souvent dans ses analyses. Les statistiques ne servent pas seulement aux institutions internationales, mais aussi aux investisseurs et aux entreprises qui cherchent à comprendre la dynamique réelle de l’économie.

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