Le système éducatif gabonais est aujourd’hui à l’arrêt, paralysé par une grève générale des enseignants qui dépasse le simple cadre corporatiste. Derrière les salles de classe désertes se joue une crise plus profonde, révélatrice d’un rapport de force déséquilibré entre l’État et l’un de ses piliers fondamentaux : l’école publique. Les enseignants ne réclament pas l’exception, mais l’application de droits administratifs élémentaires.
La levée de boucliers trouve son déclencheur immédiat dans un contexte politique précis : l’annonce de la revalorisation des indemnités des officiers généraux, intervenue alors que les dossiers sociaux du secteur éducatif restent bloqués. Pour les enseignants, le signal est brutal : l’État semble capable de décider vite lorsqu’il s’agit de l’appareil sécuritaire, mais beaucoup plus lent dès qu’il s’agit de l’éducation.
Ce contraste alimente un sentiment d’injustice profonde. Les revendications portent sur des rappels de solde parfois vieux de plusieurs années, des intégrations administratives non exécutées et des carrières figées. Autant de retards qui fragilisent le pouvoir d’achat des enseignants et accentuent la précarité dans un secteur déjà sous tension, alors même que le discours officiel continue de présenter l’éducation comme une priorité nationale.
La grève actuelle n’est donc pas un accident, mais le produit d’une accumulation. Elle révèle un État qui gère ses urgences par à-coups, sans hiérarchisation sociale clairement assumée. À force de repousser les arbitrages, le gouvernement se retrouve confronté à un blocage systémique : sans enseignants, aucune réforme éducative n’est possible, quels que soient les plans et stratégies annoncés.
Plus largement, cette crise rappelle que le Gabon n’en est pas à son premier cycle de promesses et de désillusions. Du PSGE d’Ali Bongo, qui promettait un « Petit Dubaï », aux engagements actuels sur la performance et les résultats, l’histoire récente montre que les visions ambitieuses se heurtent toujours aux mêmes défis structurels. L’école gabonaise, aujourd’hui paralysée, en est l’un des miroirs les plus implacables.











