C’est une bombe statistique que vient de lâcher la Banque Africaine de Développement (BAD). Selon l’institution, le PIB du Gabon tel qu’il est calculé aujourd’hui est une vaste supercherie comptable. En ignorant la valeur de nos forêts et de la séquestration du carbone, les conventions internationales amputent la richesse réelle du pays de 21,8 %. Ce sont 4,36 milliards de dollars soit environ 2 650 milliards de fcfa qui n’apparaissent dans aucun bilan officiel.
Ce « paradoxe de la valeur » maintient le Gabon dans une position de faiblesse injustifiée. Pour les instances de Bretton Woods, nous sommes un pays extractif lourdement endetté. Mais pour la BAD, la réalité est inverse : le Gabon est un créancier net de la planète. Nous rendons un service environnemental vital au monde entier sans être payés en retour. Nous sommes riches de ce que nous ne détruisons pas, mais la comptabilité mondiale ne punit que ceux qui ne polluent pas. L’enjeu n’est pas seulement symbolique, il est financier.
Aujourd’hui, notre ratio d’endettement frôle les 75 % du PIB, dépassant le seuil d’alerte de la CEMAC. Si l’on intégrait le capital naturel dans le calcul, ce ratio tomberait miraculeusement sous les 60 %. Ce simple ajustement changerait la donne auprès des agences de notation comme Moody’s ou Fitch, faisant baisser les taux d’intérêt auxquels le Gabon emprunte sur les marchés. Le pays a décidé de ne plus attendre que le monde change ses règles et passe à l’offensive.
L’introduction d’une taxe carbone en 2026 et les accords d’échange « dette contre nature » avec des ONG comme TNC marquent le début d’une monétisation agressive. Il s’agit de transformer nos arbres en liquidités sonnantes et trébuchantes pour sortir de la dépendance aux seules recettes du pétrole et du manganèse.
Pour le Gabonais lambda, cette richesse « invisible » doit devenir visible dans son assiette et son quotidien. La BAD insiste : ces milliards « verts » doivent financer la transformation industrielle locale et s’attaquer au chômage massif des jeunes. Si nous sommes les poumons du monde, il est temps que le monde paie sa facture d’oxygène pour que le Gabon puisse enfin respirer économiquement.














