Selon les données de la Direction générale de la Sécurité routière, le Gabon a enregistré 1928 accidents de la route en 2024, contre 2056 en 2023, soit une baisse d’environ 7%. Une évolution que le ministère des Transports attribue au renforcement des contrôles, à la mise en place de radars fixes et mobiles, ainsi qu’à la politique de tolérance zéro instaurée depuis mai 2025. Mais ces progrès statistiques ne suffisent pas à masquer une réalité persistante : la présence toujours plus massive des grumiers sur les voies secondaires.
Car une part non négligeable des accidents reste liée à ces poids lourds, dont la circulation s’étend désormais à des routes initialement conçues pour un trafic léger. Ces véhicules, souvent chargés au maximum et dotés de longues remorques, empruntent des axes étroits et dégradés où les marges de manœuvre sont limitées. Cette tendance accroît mécaniquement les risques d’accrochages, de pertes de contrôle et de blocages routiers, surtout dans les zones périurbaines et forestières.
Malgré l’équipement des postes de contrôle d’Ekouk, Benguie-Oka, Junkville et Petit Odavo, la surveillance reste concentrée sur les grands axes, laissant les routes secondaires quasiment sans encadrement. Le résultat est que les efforts nationaux ne suffisent pas à encadrer les pratiques des transporteurs forestiers, qui contournent parfois les itinéraires officiels pour gagner du temps ou éviter les zones contrôlées. Une faille que la politique de tolérance zéro n’a, pour l’instant, pas comblée.
Le gouvernement a instauré des patrouilles permanentes et une verbalisation systématique, mais l’application sur le terrain se heurte à des contraintes opérationnelles évidentes : manque de personnel, distances importantes et multiplication des points de passage non officiels. Les grumiers profitent ainsi d’un vide réglementaire et opérationnel qui fragilise les usagers ordinaires, dont les motos-taxis et les véhicules légers, particulièrement exposés sur ces axes secondaires.
Face à cette situation, une adaptation des mesures actuelles devient indispensable. La baisse globale des accidents est encourageante, mais elle reste fragile tant que le transport du bois continue de s’étendre sur des routes non adaptées. Itinéraires dédiés, encadrement strict des trajets, limitation des heures de circulation et contrôles ciblés sur les opérateurs forestiers doivent constituer la prochaine étape. À défaut, l’envahissement progressif des voies secondaires par les grumiers continuera de compromettre les progrès enregistrés en 2024.








