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Gabon : les microcentrales d’Electropower refont surface 

le coup de coeur

Le retour d’Electropower, entreprise italienne déjà présente au Gabon depuis 2009, marque un nouvel épisode dans la longue quête du pays pour électrifier durablement ses zones rurales. Annoncé avec enthousiasme à Rome, le projet prévoit la construction de microcentrales hydroélectriques dans les localités de Mimongo, Moabi, Mbigou et Mandji, avec un délai d’exécution de six mois. 

Mais cette annonce soulève plusieurs interrogations. D’abord, les mêmes études avaient déjà été menées il y a plus de quinze ans, sans jamais se traduire par des réalisations concrètes. Le ministre Philippe Tonangoye l’a d’ailleurs reconnu : les projets d’Electropower de 2009 « attendent d’être formalisés comme il se doit ». En clair, les plans existaient déjà, mais le pays n’avait ni financements, ni cadre institutionnel pour les concrétiser. Aujourd’hui encore, aucune précision n’est donnée sur le coût global, la source des financements, ni la part du budget d’investissement qui sera allouée à ces 33 sites nouvellement identifiés.

Dans les faits, près de 60% de la population rurale reste sans accès stable à l’électricité, selon les données de la Banque africaine de développement (Rapport pays 2024). Les investissements énergétiques récents — plus de 90 milliards de francs fcfa engagés dans le plan PREV-CEM pour la modernisation du réseau — ont surtout bénéficié aux zones urbaines et aux sites industriels. L’électrification rurale, pourtant au cœur du discours politique depuis plus d’une décennie, reste freinée par les lenteurs administratives, la faible capacité technique locale et le manque de maintenance après installation.

Autre point d’inquiétude : la viabilité technique et financière de ces microcentrales. Dans les années 2010, plusieurs projets similaires (à Makokou, Lastoursville ou Booué) avaient été inaugurés avec des objectifs identiques, avant d’être à l’arrêt faute de suivi, de pièces ou de raccordement au réseau principal. L’absence de cadre tarifaire clair et la dépendance à des prestataires étrangers font craindre une répétition du schéma : beaucoup d’études, peu de réalisations durables.

En annonçant un délai de six mois pour la mise en service de nouvelles unités, le gouvernement donne le ton d’une urgence énergétique, mais sans apporter la garantie d’un modèle soutenable. Derrière les chiffres et les protocoles d’accord signés à Rome, la vraie question demeure : le Gabon a-t-il enfin une stratégie cohérente d’électrification rurale, ou renouvelle-t-il simplement les annonces d’un cycle politique déjà connu ?

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