Le Conseil des ministres de ce lundi 29 décembre 2025, a adopté un décret revalorisant l’indice de bonification des officiers généraux de brigade, au nom de la reconnaissance de l’expérience et des responsabilités exercées au sommet de la hiérarchie militaire. Présentée comme une mesure technique et ciblée, la décision s’inscrit dans un contexte de réformes sécuritaires beaucoup plus larges.
Mais elle intervient alors que les marges budgétaires de l’État restent fortement contraintes. Sur le plan strictement financier, le gouvernement souligne que l’impact budgétaire serait limité, le nombre d’officiers concernés étant réduit. Cet argument, souvent avancé, occulte cependant une réalité : la masse salariale de l’État gabonais avoisine déjà les 960 milliards de fcfa, et demeure en constante progression. Dans ce contexte, chaque revalorisation, même ciblée, contribue à alourdir une charge structurelle déjà difficilement soutenable.
La décision soulève également la question de l’équité interne. Si l’exécutif invoque la nécessité de préserver la cohérence de la chaîne de commandement et de fidéliser les hauts gradés, le contraste est frappant avec la situation de nombreux agents publics et militaires de rang intermédiaire. Conditions de travail dégradées, retards d’avancement, insuffisances d’équipements: autant de réalités qui alimentent un sentiment de déséquilibre au sein de l’appareil sécuritaire.
Dans plusieurs pays africains, les dépenses de personnel militaire représentent entre 15 et 25% du budget de la Défense, et le Gabon se situe officiellement dans une fourchette maîtrisée. Mais cette lecture macro-budgétaire masque des arbitrages internes de plus en plus visibles. La priorité donnée au sommet de la hiérarchie renforce l’image d’un État qui sécurise d’abord ses équilibres politiques avant de répondre aux attentes plus larges de ses forces et de ses agents.
Au-delà du cas des généraux, cette revalorisation s’inscrit dans une dynamique plus globale de hausses et d’ajustements statutaires au sein de l’administration, notamment dans les Douanes et les corps paramilitaires. Elle pose une question : jusqu’où l’État peut-il continuer à utiliser la rémunération comme outil de stabilisation institutionnelle sans compromettre l’équilibre budgétaire? À défaut d’une réforme structurelle de la masse salariale, le risque est celui d’un empilement de mesures ponctuelles, politiquement utiles mais économiquement fragiles.











