En plein bouleversement interne, La Poste SA traverse une crise qui n’a plus rien d’anecdotique. Le Conseil des ministres du 5 juin 2025 avait déjà tiré la sonnette d’alarme en rappelant que la société est en « grave crise économique et sociale », et ce, « au péril de la continuité du service public et de plus de 500 emplois sur tout le territoire ». Parmi les dérives pointées : une « masse salariale hors de contrôle », des « recettes quasi inexistantes », des « recrutements douteux », des « primes illégales » et une « dépendance totale aux subventions de l’État ».
La situation sociale interne témoigne d’ailleurs de l’ampleur de l’alerte. Les agents de l’entreprise dénoncent des retards de salaire à répétition. Selon le syndicat SYNAPOSTE, certains employés n’avaient « plus perçu aucun salaire depuis juin 2025 ». Une nouvelle structure syndicale a même été créée début septembre pour « mieux défendre les droits des travailleurs ». Cette grogne monte au moment où la direction est critiquée pour « incompétence » et gestion approximative.
Sur le plan stratégique, les dérives sont tout aussi alarmantes. Un article publié en janvier 2024 qualifiait l’entreprise de « zéro innovation » après près de 60 ans d’existence, pointant le fait que La Poste se cantonne encore à la distribution simple du courrier. Au-delà, un plan d’entreprise intitulé « Restauration 2026 » avait été adopté pour tenter de redresser la barre vers plus de ressources propres, mais le constat reste sombre.

Le ministère de la Communication et des Médias, tutelle de La Poste SA, a tenu à recadrer la situation ce 21 octobre 2025. Pour le ministre Paul Marie Gondjout « La masse salariale absorbe près de 69% des dépenses, laissant très peu de marge pour investir ou se réorganiser. L’imprimerie est à l’arrêt, le Data Center n’héberge qu’un seul client, et plusieurs biens immobiliers de la Poste sont introuvables ou mal documentés. » Le ministre a ajouté : « Il faut un audit complet, une transparence totale, et des propositions concrètes pour réduire les charges et relancer l’activité. »
Entre gain de temps et absence de réelle stratégie, la grande question reste maintenant de savoir si La Poste SA parviendra à transformer cette alerte rouge en redémarrage réel ? Il ne s’agit plus seulement de pérenniser un service postal, mais de restaurer la crédibilité d’un acteur de service public dans un pays où la confiance institutionnelle est à reconstruire. Le chantier est d’autant plus délicat que les marges de manœuvres au niveau étatique sont réduites avec un déficit budgétaire et un niveau d’endettement qui inquiète les observateurs.








