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Gabon : lettres de mission et contrats de performance, l’État managérial à l’épreuve du réel

le coup de coeur

Le Conseil des ministres de ce lundi 5 janvier introduit un arsenal managérial inédit : feuilles de route à 100 jours, contrats de performance à 60 jours, rapports périodiques obligatoires. L’architecture est claire, presque technocratique, inspirée des standards de gouvernance des grandes organisations. Elle traduit une volonté assumée de transformer l’État en une machine pilotée par objectifs, indicateurs et livrables. Sur le papier, la méthode semble irréprochable et moderne. Elle répond à une critique ancienne : celle d’un État bavard mais peu efficace.

Mais cette mécanique se déploie dans un environnement administratif qui peine déjà à produire des actes simples dans des délais raisonnables. Exiger des indicateurs précis dans un système où les bases de données sont incomplètes, parfois contradictoires, relève d’un exercice périlleux. Beaucoup de ministères fonctionnent encore avec des procédures manuelles, des fichiers obsolètes et une faible interconnexion des services. La performance mesurée risque donc de devenir une performance déclarée, déconnectée du terrain.

Là encore, le Gabon n’en est pas à son coup d’essai. Le PSGE avait lui aussi introduit tableaux de bord, indicateurs, agences de suivi et unités de coordination. Le problème n’a jamais été l’absence d’outils, mais leur incapacité à survivre aux résistances internes, aux arbitrages politiques et aux changements de priorités. La culture administrative a souvent neutralisé la logique de résultat au profit de la logique de procédure.

La redevabilité promise suppose une autorité capable de sanctionner l’échec, y compris au sommet de l’appareil d’État. Or, l’histoire administrative gabonaise montre que la culture de l’impunité a longtemps servi de soupape au système. Sans sanctions effectives, les contrats de performance risquent de devenir des documents de conformité, produits pour satisfaire la hiérarchie sans transformer l’action publique.

À défaut d’une réforme profonde des carrières, des responsabilités individuelles et des mécanismes de sanction, ces dispositifs risquent de rejoindre la longue liste des innovations administratives restées sans impact réel. L’État managérial, s’il n’est pas soutenu par une transformation institutionnelle profonde, pourrait n’être qu’une nouvelle couche de langage sur des pratiques anciennes.

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