L’ambition du Gabon de devenir le centre névralgique de la communication stratégique en Afrique se heurte à une réalité de marché persistante : la domination des agences étrangères. Alors que Libreville accueille les grands forums de l’image, les contrats les plus lucratifs, qu’il s’agisse de nation branding ou de communication de crise pour les grands groupes pétroliers, sont captés par des firmes basées à Paris, Casablanca ou Abidjan.
Grilles de lecture déconnectée des réalités socio-culturelles
Cette extraversion du secteur de la communication est un manque à gagner en termes de « soft power » et de valeur ajoutée locale. Les agences étrangères, bien que performantes, appliquent souvent des grilles de lecture qui ne tiennent pas compte des subtilités socioculturelles du Gabon. Pour le marché local, c’est une perte d’expertise : les talents gabonais finissent souvent comme simples sous-traitants ou s’exilent vers des hubs plus dynamiques.
Le développement d’une industrie locale de la communication stratégique nécessite une politique de préférence nationale sur les marchés publics de conseil. Actuellement, l’État gabonais est le premier client de ce secteur, mais il favorise rarement les agences 100 % locales dans ses appels d’offres stratégiques. Inverser cette tendance permettrait de structurer des agences capables de s’exporter à leur tour dans la sous-région.

Le PROCOM Forum 2026 doit donc être plus qu’une grand-messe diplomatique ; il doit servir de plateforme de networking pour forcer les transferts de technologie et de savoir-faire. La création de co-entreprises (joint-ventures) entre agences internationales et locales pourrait être une étape intermédiaire pour monter en gamme et briser ce plafond de verre qui maintient le Gabon dans une position de consommateur d’image. « La communication ne peut plus être appréhendée comme un simple outil de visibilité. Elle joue aujourd’hui un rôle déterminant dans la compréhension des transformations et dans la capacité des organisations à les accompagner », confie Manying Garandeau, fondatrice du PROCOM Forum.
La communication est une industrie de souveraineté. À l’heure où les algorithmes et les narratifs numériques façonnent l’opinion, laisser la gestion de son image à des tiers extérieurs est un risque stratégique. Le Gabon doit investir dans ses propres « architectes du récit » pour reprendre le contrôle de sa perception sur la scène internationale.














