La récente audience entre le Chef de l’État et les représentants des institutions financières s’inscrit dans une séquence économique précise : celle d’un exécutif qui cherche à consolider ses marges de manœuvre financières à l’horizon 2026, sans s’en remettre immédiatement à un programme formel avec le Fonds monétaire international (FMI). Derrière la présentation du plan FAST, c’est bien l’option bancaire domestique qui est mise en avant comme levier prioritaire de financement des politiques publiques.
Le message adressé au secteur bancaire est sans ambiguïté : l’État compte sur les banques locales pour accompagner le financement des projets structurants, notamment dans le logement, l’eau et l’électricité. En retour, l’exécutif affiche sa confiance dans la capacité du système bancaire national à jouer ce rôle, malgré un contexte marqué par une forte concentration du crédit et un coût du financement parmi les plus élevés de la CEMAC.
Cette stratégie répond à une contrainte bien identifiée. L’accès aux marchés internationaux demeure fragile, l’appétit des investisseurs pour la dette gabonaise s’est affaibli et toute entrée dans un programme FMI impliquerait des conditionnalités budgétaires et sociales politiquement sensibles. En s’appuyant sur les banques locales, Libreville cherche donc à préfinancer sa trajectoire économique, tout en préservant un espace de négociation avec ses partenaires extérieurs.
Cependant, cette option bancaire n’est pas sans limites. Les établissements de crédit évoluent eux-mêmes dans un environnement contraint, marqué par des tensions de liquidité, une exposition accrue au risque souverain et une sélectivité renforcée du crédit. Leur capacité à soutenir durablement l’État dépendra moins des intentions affichées que des réformes concrètes visant à sécuriser leur bilan et leurs ressources.
Le plan FAST apparaît ainsi comme un test de crédibilité. S’il parvient à mobiliser le système bancaire sans l’asphyxier, l’État gagnera du temps et du levier face au FMI. Dans le cas contraire, l’option bancaire pourrait rapidement montrer ses limites, rendant un programme formel avec l’institution de Bretton Woods difficilement évitable.











