Sur le papier, la reprise des cours devait être effective ce lundi 19 janvier 2026 sur l’ensemble du territoire national. Dans les faits, la réalité observée dans le Grand Libreville est tout autre. Malgré le communiqué officiel du Secrétaire général du ministère de l’Éducation nationale, plusieurs établissements emblématiques sont restés quasiment vides dès les premières heures de la matinée.
Au Lycée d’État de l’Estuaire comme au Lycée national Léon Mba, deux des plus grands établissements publics du pays, la reprise annoncée ne s’est pas matérialisée. Peu d’enseignants présents, des salles de classe fermées ou vides, des élèves absents ou renvoyés chez eux : la note administrative n’a pas produit l’effet escompté. Cette situation n’est ni marginale ni anecdotique ; elle traduit un décrochage manifeste entre l’autorité centrale et la réalité du terrain.
Ce décalage s’explique par une donnée centrale ignorée dans le communiqué : la grève n’est pas suspendue par des circulaires, mais par des actes concrets. Or, à la date de publication de la note, de nombreux enseignants n’avaient constaté aucune régularisation effective de leur situation administrative, ni mise en solde matérialisée, ni paiement de rappels. Dans ces conditions, l’appel à la reprise est perçu comme une injonction déconnectée des engagements non tenus.
La portée réelle du communiqué apparaît donc limitée. En l’absence de mécanismes coercitifs crédibles et surtout face à un mouvement qui se revendique désormais de “ la base “ plutôt que des structures syndicales traditionnelles, l’autorité hiérarchique se heurte à une résistance passive mais massive. L’école ne redémarre pas par décret lorsque la confiance est rompue.
Plus préoccupant encore pour l’État, cette non-application visible affaiblit la crédibilité de l’institution ministérielle elle-même. Un ordre ignoré dans les principaux lycées du pays envoie un signal : le problème n’est plus seulement social, il est institutionnel. Il interroge la capacité de l’administration à faire exécuter ses propres décisions.
La journée du 19 janvier confirme à l’heure actuelle, que la crise éducative gabonaise a franchi un seuil. Le conflit ne se joue plus uniquement dans les salles de négociation, mais dans la capacité réelle de l’État à transformer ses annonces en faits. Tant que cet écart persistera, les communiqués continueront d’être lus… puis ignorés.











