La stratégie énergétique du Gabon repose actuellement sur un artifice coûteux : la location de puissance. Le contrat avec la société turque Karpowership, pour un montant de 1,8 milliard de fcfa par mois, en est l’illustration parfaite. Sur cinq ans, ce sont 110 milliards de fcfa qui seront versés pour louer 70 MW via des centrales flottantes. À la fin du bail, le Gabon n’aura rien d’autre que des factures acquittées et aucun actif tangible au sol.
Cette approche révèle une préférence pour les solutions d’urgence au détriment de la souveraineté à long terme. Alors que le pays dispose d’un potentiel hydroélectrique immense, l’injection de milliards dans la location de groupes thermiques est un aveu de faiblesse. On soigne les symptômes notamment le manque de mégawatts immédiat, sans traiter la pathologie de fond : l’obsolescence et l’insuffisance de la capacité de production propre.
D’un point de vue strictement financier, l’opération est une hérésie. Les frais opérationnels versés aux prestataires étrangers ne créent ni transfert de technologie, ni patrimoine industriel pour l’État. C’est une hémorragie de devises pour une solution temporaire. Le contribuable paie le prix fort pour une électricité « prêt-à-porter » qui s’évaporera dès que le contrat prendra fin ou que les paiements accuseront un retard.
L’annonce d’un plan historique de 2 000 milliards de fcfa sur sept ans par le ministre de l’Énergie sonne comme une promesse de rupture, mais elle peine à convaincre face à la réalité des chiffres actuels. Les 300 milliards par an annoncés doivent impérativement sortir du cycle de la location pour entrer dans celui de la construction. Jusqu’ici, le Gabon semble financer le développement industriel de prestataires extérieurs plutôt que son propre réseau.
Le grand bluff de la souveraineté énergétique réside dans cette confusion entretenue entre « dépenses d’urgence » et « investissement productif ». Tant que la balance penchera vers les centrales flottantes et les groupes mobiles, le pays restera l’otage de contrats de location précaires. La véritable souveraineté commence au moment où l’État cesse d’être un simple locataire d’énergie pour redevenir un propriétaire d’infrastructures.














