La visite de terrain SNI-SOGARA à Port-Gentil, autour de la viabilisation de parcelles pour les agents de la raffinerie, est un symbole : pendant que l’entreprise soigne son image sociale, son cœur industriel reste sous tension. Or la SOGARA n’est pas une foncière. C’est l’unique raffinerie du pays, avec une capacité nominale souvent rappelée autour de 21 000 barils/jour, soit environ 1,2 million de tonnes/an, et une capacité de stockage annoncée à 95 000 m³.
Le paradoxe, c’est que la “surface” financière ne dit pas tout. En 2024, la SOGARA affiche un chiffre d’affaires de 716,8 milliards de fcfa, en hausse de 6% par rapport à 676 milliards en 2023. Mais ces volumes de ventes ne dissipent pas l’essentiel : l’entreprise reste prisonnière d’un outil vieillissant, sujet aux arrêts et aux limites techniques, ce qui maintient un écart structurel entre la capacité théorique et la production effective (le pays continuant de dépendre des importations de produits raffinés quand l’outil décroche).
Ce timing devient plus sensible parce que Libreville resserre la vis sur la gouvernance des entités publiques. Une réforme annoncée dès 2017 prévoyait déjà l’obligation de transmettre des états financiers trimestriels aux ministères en charge du Budget et de l’Économie. Et, plus récemment, Henri-Claude Oyima, avant son départ du gouvernement, a formalisé une mise au pas : délai de 10 jours imposé en mai 2025 aux dirigeants d’entreprises publiques pour remonter bilans, rapports d’activités et documents de gestion. En gros, pour obtenir (ou conserver) un soutien de l’État, il faudra désormais “prouver” son efficacité.
La SOGARA arrive en plus avec un passif de gouvernance qui alimente le doute. Sur la dernière décennie, cinq directeurs généraux se sont succédé : Pierre Reteno Ndiaye (jusqu’en 2017), Noël Mboumba (nommé fin 2017), Edson Mvou Tsinga (installé en avril 2021), Kevin Moungala (nommé en février 2022) puis Christian Avaro Yeno (nommé fin 2023). Cette rotation rapide est rarement neutre : elle signale souvent des objectifs contradictoires, des arbitrages instables et une difficulté à tenir une trajectoire industrielle de long terme.
Dans ce contexte, l’affichage “logement/foncier” aux côtés de la SNI peut être lu comme une distraction stratégique : on gère le périphérique pendant que l’essentiel reste à sécuriser. La nouvelle doctrine, elle, va ramener la SOGARA à l’épreuve des chiffres et du concret : production, disponibilité des unités, trajectoire d’investissement, et reddition de comptes plus fréquente. À l’ère des bilans (désormais scrutés) et des exigences de performance, l’entreprise ne sera pas jugée sur une photo de visite de chantier, mais sur une seule question : raffine-t-elle, durablement, au niveau que le pays attend ?











