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Gabon : Oligui Nguéma est-il trop accessible ?

le coup de coeur

Reçue en audience par le Président de la République et Chef du gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguema, la productrice et réalisatrice Nelly Obone est venue présenter un projet de structure de production audiovisuelle destiné à professionnaliser et dynamiser l’écosystème cinématographique national. Sur le fond, l’initiative s’inscrit dans une logique de valorisation des talents locaux et de structuration d’une industrie culturelle encore fragile. Sur la forme, elle relance toutefois une question de méthode : celle de l’accessibilité directe du Chef de l’État à des dossiers sectoriels qui disposent déjà de canaux institutionnels dédiés, notamment des ministères et leurs directions générales.

Le Gabon n’est pourtant pas dépourvu d’organes compétents pour porter ce type de projets. Le ministère de la Culture et des Arts, la Direction générale de la culture et des industries créatives, voire des structures spécialisées ou fonds d’appui, ont précisément vocation à instruire, cadrer et prioriser les initiatives culturelles. En court-circuitant, même symboliquement, ces niveaux, la présidence donne le sentiment que l’arbitrage politique intervient trop tôt dans la chaîne décisionnelle, au risque d’affaiblir les administrations sectorielles et de brouiller la hiérarchie des responsabilités. Certains observateurs disent qu’en tant que Chef du gouvernement il a le droit de recevoir ce types de dossiers.

Pourtant, cette perception est d’autant plus sensible que d’autres dossiers, à forte portée sociale, attendent toujours un arbitrage présidentiel clair. Le cas de la crise des enseignants, qui perdure depuis plusieurs semaines, illustre ce décalage. Alors que les syndicats réclament une décision au plus haut niveau pour sortir de l’impasse (paiements, statuts, conditions de travail), l’opinion observe que des projets culturels, légitimes mais non urgents, trouvent plus rapidement le chemin du Palais. Le contraste alimente une interrogation sur la priorisation des urgences nationales.

Il ne s’agit pas ici de remettre en cause la volonté affichée du Président d’être à l’écoute des citoyens et des porteurs de projets. Cette accessibilité a d’ailleurs contribué à installer un climat de proximité inédit avec certaines franges de la société. Mais, à l’échelle de l’action publique, la frontière entre écoute et gestion directe devient fine : trop d’interventions présidentielles sur des sujets opérationnels peuvent créer un précédent, incitant chaque secteur à chercher un accès direct au sommet de l’État plutôt qu’un traitement institutionnel normalisé.

La question posée n’est donc pas celle de l’ouverture du Chef de l’État, mais de la solidité de l’architecture décisionnelle. Dans un contexte de réformes, la crédibilité de l’action publique repose aussi sur la capacité des ministères et agences à jouer pleinement leur rôle. L’enjeu, pour la présidence, sera de maintenir l’écoute sans se substituer aux circuits établis, surtout lorsque des crises sociales majeures, comme celle de l’éducation, exigent des arbitrages rapides et lisibles.

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