En marge des discussions engagées avec les institutions financières locales autour du plan FAST et de la trajectoire économique à l’horizon 2026, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguéma, a confirmé la réactivation du Club de Libreville, mécanisme central de règlement de la dette intérieure. Derrière cette décision, l’exécutif assume un choix pragmatique : restaurer la confiance entre l’État, les entreprises et les banques dans un contexte de tensions persistantes sur la trésorerie et la liquidité.
Le Club de Libreville est historiquement conçu comme un outil de cantonnement et de restructuration des arriérés de paiement de l’État envers les entreprises locales. Concrètement, les créances validées sont reprises et portées par les banques, tandis que l’État s’engage sur un calendrier de remboursement échelonné. Ce dispositif a longtemps permis d’éviter une crise en chaîne : asphyxie des entreprises, explosion des créances bancaires douteuses et contraction brutale du crédit.
La décision de le relancer intervient dans un environnement bancaire paradoxal. D’un côté, l’activité progresse : au troisième trimestre 2025, les encours de crédits au Gabon augmentent de plus de 7 % en glissement annuel, tandis que les fonds propres des établissements se renforcent sous l’effet de recapitalisations ciblées. De l’autre, les fragilités structurelles demeurent. Les créances en souffrance restent élevées à l’échelle régionale (plus de 16 % des crédits bruts dans la CEMAC), et le Gabon figure parmi les pays où leur progression est la plus rapide. Cette situation incite les banques à privilégier les signatures publiques et les titres souverains, au détriment du financement productif.
Dans ce contexte, la réactivation du Club de Libreville poursuit un objectif immédiat : désengorger les bilans. En apurant une partie de la dette intérieure, l’État espère soulager la trésorerie des entreprises, réduire les impayés bancaires et redonner de la capacité de prêt au système financier. C’est aussi un signal adressé au secteur privé, à un moment où le gouvernement attend des banques qu’elles accompagnent plus activement les projets structurants (logement, eau, énergie) portés par le plan FAST.
Mais le retour du Club pose une question de fond. Conçu à l’origine comme un instrument stratégique, il tend à devenir un outil récurrent de gestion des déséquilibres budgétaires. À force d’être réactivé, il révèle moins une solution durable qu’une difficulté persistante à instaurer une discipline de paiement et une exécution budgétaire fluide. La portée réelle de cette réactivation dépendra donc de son usage. À ce stade, la décision d’Oligui Nguéma traduit surtout un arbitrage politique visant à privilégier la stabilité financière immédiate, quitte à repousser encore le chantier plus délicat de la réforme structurelle de la dépense et du paiement publics.











