C’était dans l’air depuis des semaines, mais voilà, c’est officiel : Brice Clotaire Oligui Nguema est candidat à la présidentielle du 12 avril. Celui qui avait pourtant juré le 4 septembre 2023, devant le peuple gabonais, qu’il ne briguerait pas le pouvoir vient de faire un virage à 180 degrés. Fini le treillis de la Garde républicaine, place au costume du citoyen et candidat. La déclaration s’est faite en grande pompe, sous une pluie battante, au cœur de la Cité de la Démocratie, devant une foule acquise à sa cause. Le chef de la transition a donc choisi le jour de son anniversaire pour officialiser ce que beaucoup pressentaient déjà : son entrée dans la politique, loin de sa caserne, sur un terrain où les règles du jeu sont tout autres.
En se lançant, Oligui Nguema mise sur son bilan. Depuis le 30 août 2023, il s’est forgé une image de bâtisseur, multipliant les projets pour marquer les esprits. Routes en béton ça et là, relance de chantiers abandonnés souvent non prioritaires, nouvelle compagnie aérienne, banque pour l’entrepreneuriat, initiative « Un Gabonais, un taxi », retour controversé des bourses au secondaire, créations de postes budgétaires, rachat d’Assala et de la SNBG… Autant d’actions qu’il brandit comme preuves de sa capacité à transformer le pays. « Si en 18 mois nous avons réalisé tout cela, que pouvons-nous faire en 7 ans ? » a-t-il lancé à ses partisans, appelant à le suivre dans cette nouvelle aventure politique.

Des critiques de ses détracteurs
Mais si la mise en scène de sa candidature s’est voulue grandiose, elle ne dissipe pas les critiques. Pour ses opposants, Oligui Nguema n’a pas tenu parole. La transition, censée remettre les institutions sur pied et préparer des élections libres, a surtout consolidé le pouvoir exécutif entre ses mains.
“Le président de la transition a été un proche collaborateur du président déchu. S’il se présente, cela signifie qu’il ne fait que remplacer son chef. Nous serons alors dans un régime de continuité, non de rupture, et cela est dangereux pour notre pays”, avait prévenu le Pr Noël Bertrand Boudzanga, lui aussi candidat à cette présidentielle et leader de Telema. Pour l’universitaire, la promesse du général Oligui Nguema, formulée le 4 septembre 2023, de « rendre le pouvoir à un civil élu« , constitue un socle fondamental de sa crédibilité. “C’est cette promesse qui le grandira, qui le fera entrer dans la grande Histoire. S’il y renonce, il sortira par la petite porte”, confiait-il à RFI.
Même son de cloche du côté de Jean Remy Yama, leader syndical, sénateur de la Transition et candidat également à la présidentielle. “Aucun texte ne lui (Oligui Nguema, ndlr) interdit d’être candidat, mais il a fait une promesse le 4 septembre 2023. Il a promis aux Gabonais qu’il rendrait le pouvoir aux civils, et moi, j’aurais souhaité qu’il respecte sa position, d’une part. Et je vois maintenant la résurgence du PDG, l’ancien parti au pouvoir, qui a été chassé. C’est-à-dire les mêmes acteurs qui ont été avec Ali Bongo, ce sont les mêmes acteurs, c’est-à-dire ceux qui avaient fait Ali en 2016, ils sont en train de le faire avec le président Oligui, par des marches”, confiait l’une des éminences grises de Dynamique unitaire à RFI.
Changement de paradigme
Mais ce n’est pas le seul reproche qui est fait au désormais candidat Oligui Nguema. Au lieu d’une réforme en profondeur, ils dénoncent également une concentration des postes clés entre proches du régime et une gestion teintée de favoritisme. Pis encore, le calendrier électoral, avancé à vitesse grand V, semble taillé sur mesure pour empêcher l’émergence d’une opposition structurée.

En quittant l’uniforme pour endosser le costume du candidat, Oligui Nguema change de registre. Jusqu’ici, son autorité s’imposait par sa posture de chef militaire, mais en politique, les rapports de force ne se jouent pas de la même manière. Ici, pas de discipline militaire, mais des débats, des attaques, des alliances de circonstance. En clair, il se lance dans un combat où tous les coups sont permis, et où sa popularité d’hier pourrait s’effriter face à une opposition qui n’attendait que ce moment pour riposter.
Désormais, une chose est certaine : la présidentielle du 12 avril s’annonce animée. Oligui Nguema, qui tenait les rênes sans partage depuis la chute d’Ali Bongo, devra convaincre hors du cadre militaire. Son destin est désormais lié à la capacité des Gabonais à le suivre dans cette nouvelle bataille. Reste à voir si le costume du politicien lui ira aussi bien que le treillis militaire.











