spot_img

Notre devoir, servir la vérité.

spot_img

Gabon : PISE, 101 milliards de fcfa… et l’illusion qu’un mur neuf remplace une réforme

le coup de coeur

Le programme PISE devait être la preuve tangible d’un État qui “répare l’école”. Le montant est massif : 154 millions d’euros mobilisés via l’Agence française de développement (AFD), soit environ 101 milliards de fcfa, pour renforcer les capacités d’accueil.  Sur le papier, l’ambition est claire : construire/équiper 9 collèges et 8 écoles primaires à Libreville et Port-Gentil, soit environ 500 classes, pour une population cible annoncée autour de 25 000 élèves.

Financement sans verrouillage de la chaîne d’exécution

Le projet PISE met surtout en lumière le mal gabonais : le pays sait financer des projets, mais peine à verrouiller la chaîne d’exécution. Des retours publics évoquent des freins structurels, notamment la question foncière, qui ont ralenti des chantiers et montré que même quand l’argent existe, l’État peut rester bloqué au stade “procédures”.  Et pendant que l’école attend des salles, la Défense affiche, elle, une montée en puissance budgétaire qui donne le vertige : 320 milliards de fcfa d’investissements sollicités en 2026, contre 38,2 milliards en 2025. 

Dans cette hiérarchie, l’éducation doit prouver qu’elle sait transformer les crédits en résultats, sinon elle est condamnée à perdre l’arbitrage, année après année. Même les bilans de livraisons, quand ils existent, soulignent la limite : on parle d’établissements réalisés/réhabilités, de salles de classe qui sortent de terre, par exemple un point d’étape relayant 15 établissements et 339 salles de classe dans le Grand Libreville.  C’est utile, concret, visible. Mais la paralysie actuelle ne vient pas d’abord du manque de murs : elle vient du manque de sécurité administrative pour ceux qui font cours. Un bâtiment neuf ne régularise pas un dossier, ne déclenche pas une pension, ne corrige pas une carrière gelée.

Le Rwanda, un modèle à suivre

Et c’est exactement ce que montrent les pays africains où « ça marche mieux » : ils ne se contentent pas de bâtir, ils gèrent. Le Rwanda, encore lui, n’a pas seulement mis davantage de budget : il a fait de l’éducation un axe structurant de sa planification, avec un suivi budgétaire sectoriel documenté (15,6% du budget national en 2023/24). La leçon est directe : une politique éducative efficace, c’est un triptyque investissement + gouvernance + ressources humaines. Si un seul pilier manque, la régularisation, la transparence, la discipline d’exécution, la grève revient, et l’école s’arrête.

En 2026, l’État gabonais a donc deux choix : faire de PISE un exemple de transformation (chantiers livrés, maintenance, dotations, enseignants stabilisés) ou laisser ce programme rejoindre la longue liste des projets “vitrines” qui améliorent le décor sans empêcher la crise. Le déclencheur social récent, la revalorisation actée pour les officiers généraux fin décembre 2025, a révélé une simple vérité : la paix scolaire dépend autant des budgets que du sentiment de justice dans les arbitrages de l’État. Tant que l’enseignant verra l’État capable d’aller vite pour certains et lentement pour lui, aucune salle de classe neuve ne suffira à empêcher la prochaine paralysie.

spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img

Derniers Articles