Pris isolément, chacune des taxes introduites ou renforcées dans la Loi de finances 2026 peut paraître supportable. Mais mises bout à bout, elles dessinent une réalité plus lourde : plus de 80 milliards de fcfa de pression fiscale directe ou indirecte supplémentaire sur les ménages, par rapport à 2025. Ce montant agrège notamment la taxe forfaitaire d’habitation (22,6 milliards de fcfa), la hausse des droits d’accises (+14 milliards de fcfa), la progression des taxes sur les transferts (+1,14 milliard de fcfa), ainsi que le maintien de contributions élevées sur l’énergie, l’eau et la solidarité.
Pour mesurer ce que représentent 80 milliards de fcfa, il faut là encore revenir à des ordres de grandeur concrets. 80 milliards, c’est par exemple : 800 000 ménages supportant 100 000 de fcfa de charges supplémentaires par an,
ou 1 million de ménages supportant 80 000 de fcfa par an (soit 6 700 de fcfa par mois), ou encore 2 millions de personnes absorbant 40 000 de fcfa par an chacune.
Ces montants ne prennent pas la forme d’un impôt unique, mais d’une succession de hausses diffuses : facture d’électricité un peu plus élevée, eau, communications, transferts, consommation courante, boissons, services. C’est précisément ce caractère fragmenté qui rend l’effort difficile à appréhender pour les ménages, mais très efficace pour le Trésor.
D’un point de vue macroéconomique, cette stratégie permet de stabiliser les comptes publics à court terme, en mobilisant des assiettes larges et peu élastiques. Toutefois, elle transfère l’essentiel de l’ajustement budgétaire vers la demande intérieure, avec un risque de compression progressive de la consommation hors pétrole, moteur clé de l’activité domestique.
Les juridictions financières, dans leurs analyses méthodologiques, alertent généralement sur ce type de configuration : une fiscalité indirecte croissante, peu progressive, qui évolue plus vite que les revenus et que la croissance nominale (estimée autour de 5 à 6 %). Le risque n’est pas immédiat, mais cumulatif : ralentissement de la consommation, arbitrages défavorables à l’investissement des ménages, montée de l’informel.
À titre de comparaison, Tunisie a connu une trajectoire similaire après 2016, avec une multiplication de taxes indirectes pour répondre à des contraintes budgétaires fortes. À court terme, les recettes ont progressé ; à moyen terme, la pression sur la consommation et l’érosion du pouvoir d’achat ont contribué à un affaiblissement de la demande intérieure, obligeant les autorités à revoir certains dispositifs.
Ce précédent illustre à quel point l’efficacité budgétaire immédiate peut masquer des coûts macroéconomiques différés.
Appliqué au Gabon, ce parallèle éclaire la Loi de finances 2026, qui privilégie clairement la sécurisation des recettes par des prélèvements diffus et récurrents. Cette stratégie est cohérente à court terme, mais elle concentre l’effort sur les ménages, exactement le scénario que les analyses de soutenabilité invitent à surveiller de près. Entre 2025 et 2026, l’équilibre budgétaire gabonais est recherché principalement par une fiscalité du quotidien, adossée aux services essentiels, à la consommation et aux flux financiers. Les chiffres sont clairs, les mécanismes aussi. La question n’est plus celle de l’intention budgétaire, mais celle de la capacité d’absorption de l’économie domestique.













