Lancé en grande pompe le 21 juin 2024 à Ndjolé par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, le projet de port fluvial devait révolutionner le transport intérieur au Gabon. Annoncé comme une solution logistique à la saturation du port d’Owendo et un vecteur d’intégration territoriale, le chantier, confié à la société chinoise YHM (Yuanhai Mining) et appuyé par China Harbour Engineering, devait être livré dès avril 2025, selon les premières communications officielles du ministère des Mines. Or, à ce jour, aucune infrastructure opérationnelle n’est visible sur site.
Une mobilisation certaine
Les données techniques disponibles témoignent pourtant d’une mobilisation certaine. Le ministère évoque notamment une levée topographique sur 320 kilomètres du fleuve Ogooué entre Ndjolé et Lambaréné, remblai de plus de 30000 m³ de terre pour stabiliser les berges, pose des bases du futur siège administratif, et surtout, création de deux structures stratégiques, Gabon Ogooué Logistics (GOL) et la Compagnie de Développement de la Navigation du Fleuve Ogooué au Gabon (CODENA). Ces deux entités sont censées porter l’opérationnalisation du corridor fluvial, sous supervision du ministère des Transports et de celui des Mines.

Les engins se font rares
Mais en dépit de ces annonces, les engins se font rares sur le terrain, et aucune barge, ni infrastructure portuaire standardisée n’a encore été déployée. Le port fluvial de Ndjolé devait servir de point de rupture de charge et de plateforme logistique pour l’exportation du manganèse issu du Moyen-Ogooué, mais aussi pour les flux agricoles de l’arrière-pays. Pour ce faire, des discussions ont été ouvertes avec l’Office des Ports et Rades du Gabon (OPRAG) et le Grand Port Maritime de Port-Gentil (GPM-PG), dans le but d’installer un quai récepteur dans la capitale économique.
Absence d’un calendrier clair
Cependant, l’absence d’un calendrier clair, combinée à un déficit d’informations publiques sur l’état réel d’avancement, fait naître un sentiment d’inachevé. La direction générale des Infrastructures n’a publié à ce jour aucun point technique consolidé sur le niveau d’exécution physique et financier du chantier. Le 29 juillet 2025, le ministre des Mines, Gilles Nembe, a reçu la délégation chinoise de YHM conduite par le directeur général adjoint Qin Yun Huan. Cette rencontre, présentée comme un point d’étape stratégique, a permis de faire le tour des “avancées majeures”, selon les termes du communiqué officiel.
Mais là encore aucune précision n’a été donnée quant au nouveau calendrier de livraison. Aucun document d’évaluation indépendant ou rapport technique n’a été communiqué au Parlement ou aux partenaires techniques. Cette opacité nuit à la crédibilité d’un projet qui avait pourtant bénéficié d’un soutien politique de premier plan, y compris au plus haut niveau de l’État. Si le port de Ndjolé échoue à voir le jour dans les temps, c’est toute la stratégie logistique nationale qui risque de perdre en cohérence.
Une alternative aux routes bitumées saturées
Le corridor fluvial devait désenclaver économiquement Ndjolé, offrir une alternative aux routes bitumées saturées, et renforcer l’intégration fluviale jusqu’au bassin de l’Ogooué-Maritime. En son absence, le Gabon continue de dépendre d’un schéma logistique centralisé autour d’Owendo, fragile et coûteux. Plus qu’un symbole, Ndjolé est un test grandeur nature : celui de la capacité du pays à passer du discours sur les infrastructures à leur livraison concrète. Et pour l’instant, le doute domine.











