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Gabon : pour une culture du détail, de l’argument et de la preuve

le coup de coeur

Ferdinand DEMBA
Ferdinand DEMBAhttp://www.insidenews241.com
Passionné de lettres et désormais de chiffres, FD est le directeur de publication d’Inside News241. Journaliste de métier et de convictions, lui et son équipe sont au service d’une information objective, d’utilité publique et au service de la vérité.

Le mal profond du Gabon n’est pas seulement matériel : il est culturel et cognitif. En effet, l’apathie face au savoir, le mépris de la lecture et la faiblesse des pratiques argumentatives nourrissent une société vulnérable aux illusions, aux injustices et aux manipulations. Si bien que Tiktok et Facebook deviennent les sources principales d’information qui alimentent les débats dans un pays où plus de 80% de la population est alphabétisée (+90% chez les adultes). Restaurer l’amour de la lecture, promouvoir l’exigence du détail et réhabiliter la preuve ne relèvent pas d’un simple luxe intellectuel : c’est une condition indispensable à la dignité collective et à l’éthique politique. Je ne parle pas uniquement de la lecture des chroniques ou des articles de presse pour un bon “congossa”. Il faut réapprendre à lire des livres et des articles d’analyse tels que ceux proposés par votre média préféré Inside News241. 

La lecture comme remède à l’ignorance

« Lire, c’est boire et manger. L’esprit qui ne lit pas maigrit comme le corps qui ne mange pas », disait Victor Hugo. Lire régulièrement forge l’esprit. Car celui qui lit ne subit pas passivement les événements : il les met en perspective, il les interroge, il compare. La lecture entretient la curiosité, aiguise le discernement, chasse les préjugés. Elle libère de la pauvreté des idées et sape le terreau de la bêtise. En cela, la promotion massive de la lecture, à l’école, dans les familles, dans l’espace public, doit être une priorité nationale. Bibliothèques, clubs de lecture, bibliobus s’il le faut, journées du livre : autant de dispositifs concrets pour faire renaître le goût du savoir. Demandez à votre voisin quel est le dernier livre qu’il a lu et à quand remonte cette lecture. Vous serez surpris de sa réponse. 

Le détail : vertu civique et outil de responsabilité

Ainsi, la négligence du détail est au cœur de nombreuses dérives : décisions politiques bâclées, infrastructures mal pensées, lois inappliquées ou mal appliquées. Le soin du détail témoigne d’un respect pour autrui et d’une responsabilité envers le commun. Former des professionnels, des fonctionnaires, des élus et des citoyens à l’exigence technique et éthique du détail, c’est élever le niveau de l’action publique.

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Une administration qui lit ses dossiers, un ingénieur qui vérifie ses plans, un journaliste qui recoupe ses sources, des magistrats qui rendent la justice en appliquant la loi, des internautes qui vérifient les faits avant de les diffuser : tels sont les actes concrets qui restaurent la confiance.

L’argument et la preuve : la base d’un débat public sain

Par ailleurs, une démocratie saine suppose que les opinions se confrontent à partir d’arguments clairs et de preuves vérifiables. L’argument sans preuve reste une assertion ; la preuve sans argument reste muette. « Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve », affirmait Euclide. Enseigner la logique, la méthodologie, l’esprit critique et la vérification factuelle doit devenir une priorité éducative populaire. Les médias, les universités et les associations civiques ont un rôle fondamental à jouer pour réhabiliter la norme selon laquelle toute affirmation publique doit pouvoir être justifiée.

Réapprendre les valeurs : respect, effort, courage, justice

En outre, les valeurs traditionnelles, telles que le respect des aînés, le  travail assidu au champ ou à la maison, l’audace mesurée, le sens de la justice, ne sont pas de simples souvenirs ; elles peuvent redevenir des boussoles collectives. L’initiation traditionnelle (bwété, mwiri, njobi, etc.), qui transfère des savoirs et des obligations civiques, illustre ce que les institutions modernes doivent retrouver : des rites civiques et éducatifs qui forment les consciences à l’intérêt général. Il ne s’agit pas de reconstituer le passé à l’identique, mais de réinscrire ces vertus dans l’école, la famille, le monde du travail et la sphère publique. Dans les années 90, nous avions déjà des bandits dans nos familles. Mais ces derniers avaient du respect pour leurs aînés en famille. 

Agir d’abord sur soi pour exiger mieux des autres

« Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde », disait Mahatma Gandhi. Ce proverbe souligne l’idée que les transformations individuelles sont le fondement du changement sociétal. Au lieu d’attendre que les autres agissent, Gandhi invite à incarner soi-même les valeurs et les progrès souhaités. La transformation sociale commence donc par la discipline personnelle. Nous devons nous guérir avant d’exiger la guérison des autres : apprendre à lire, à argumenter, à vérifier, à respecter la loi et à défendre le juste en toute circonstance. Défendre la justice ne doit jamais signifier transgresser les règles que la communauté s’est données ; au contraire, cela exige de connaître ces règles et d’agir selon des moyens légitimes et réfléchis. Faire le contraire exigerait que l’on y réponde devant la justice, comme dans tout état de droit.

Un avenir bâti sur l’exigence intellectuelle

En définitive, le Gabon peut se relever si ses citoyens réinvestissent la lecture, le souci du détail, l’argumentation et la preuve. Cette révolution mentale est modeste en apparence, mais héroïque dans ses effets. Elle remplace l’indignation creuse par la réflexion solide, la colère incontrôlée par l’action raisonnée, l’ignorance par la responsabilité. C’est un chantier long et exigeant, mais il n’existe pas de progrès durable sans peuple cultivé et exigeant envers lui-même. Comme le dit le proverbe, « apprendre à lire, c’est allumer un feu ; chaque syllabe épelée est une étincelle ».

Reprenons l’habitude de lire, d’exiger des preuves et de défendre la justice… ainsi renaîtra la dignité nationale perdue dans les méandres du bongoïsme et du pédégisme. Loin des promesses et des slogans politiques. 

Ferdinand Demba

Directeur de publication Inside News241

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