La Direction générale de la Concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a entamé une épreuve de force symbolique dans les marchés de Libreville. En affichant la nouvelle mercuriale sur les murs d’Akébé et de Nkembo, l’administration tente de reprendre le contrôle sur une inflation galopante. La consigne est quasiment martiale : « zéro tolérance », même pour un dépassement de 5 fcfa.
Cette focalisation sur les micro-écarts de prix est une décision stratégique. En politique de régulation, la crédibilité de l’État se perd souvent dans les détails. Si un commerçant peut impunément ignorer le prix plafond pour quelques francs, il finira par l’ignorer pour des centaines. En faisant de chaque citoyen un « contrôleur », la DGCCRF déplace le champ de bataille au moment précis du passage en caisse.
Cependant, cette « guerre des centimes » cache une réalité structurelle plus complexe. Les prix pratiqués par les détaillants sont souvent le reflet de coûts logistiques et de rackets informels subis en amont. S’attaquer uniquement à l’affichage final, c’est s’attaquer au thermomètre pour faire baisser la fièvre. L’efficacité de cette opération dépendra de la capacité de l’État à assainir toute la chaîne d’approvisionnement, du port jusqu’à l’étal.
Le numéro vert 8085 devient l’indicateur de réussite de cette politique. Mais la répression ponctuelle a ses limites : elle crée une conformité de façade qui s’effrite dès que les équipes de contrôle quittent le terrain. Pour durer, la DGCCRF doit transformer cette offensive en une surveillance systémique et permanente. La crédibilité de l’institution est engagée sur sa capacité à maintenir cette pression sur le long terme.
Finalement, cette bataille pour 5 fcfa est une bataille pour l’autorité de l’État. Dans un marché dominé par l’informel, le respect de la mercuriale est le test ultime de la puissance publique. Si le gouvernement échoue à faire respecter ses tarifs de référence, c’est l’ensemble de sa politique de lutte contre la vie chère qui sera frappée d’obsolescence, laissant les ménages seuls face à la loi de la jungle commerciale.














