Le dernier rapport de l’ARSEE met en lumière des défaillances importantes dans la gestion du secteur de l’eau et de l’énergie au Gabon, en particulier concernant le rôle de la CNEE (Commission Nationale de l’Eau et de l’Électricité). Selon le rapport, les investissements nécessaires dans le secteur de l’eau potable s’élèvent à 557 milliards de fcfa et dans l’énergie à 1 136 milliards de fcfa, mais la gestion actuelle du secteur par la CNEE compromet la réalisation de ces objectifs. L’ARSEE indique clairement que « le secteur est institutionnellement placé sous monopole étatique », une situation qui empêche la CNEE de jouer pleinement son rôle de régulateur.
Une des critiques principales est que la CNEE ne coordonne pas efficacement les actions nécessaires pour répondre aux urgentes réformes du secteur. En particulier, l’ARSEE déplore que « la libre concurrence dans le secteur de l’eau potable et de l’énergie électrique est inexistante » et que l’absence de régulation des prix « réduit l’efficacité des mécanismes de marché ». Cette inertie institutionnelle ralentit les investissements et aggrave les inégalités d’accès à l’eau et à l’électricité, notamment en milieu rural.
L’ARSEE souligne également l’impossibilité pour la CNEE de remplir son rôle de régulation en matière de qualité des services. Selon le rapport, « l’absence de régulation des prix et des échanges réduit l’efficacité du contrôle » et entraîne une gestion inefficace des ressources, notamment la distribution d’eau. Les délestages énergétiques continuent de toucher Libreville et d’autres régions, et la distribution de l’eau reste insuffisante, malgré l’augmentation de la production de 4,1% en 2022 pour atteindre 124 millions de m³.
De plus, une source interne à la CNEE, qui a souhaité garder l’anonymat, confirme ces défaillances, allant même jusqu’à appeler à la suppression de la CNEE. Cette source pointe du doigt l’inefficacité de l’institution à mobiliser des ressources et à gérer les projets de grande envergure. La CNEE est accusée de ne pas réussir à se réorganiser et à renforcer ses capacités de gestion et de planification, ce qui a des conséquences directes sur l’exécution des grands projets d’infrastructures énergétiques et hydrauliques.
Le régulateur plaide par ailleurs pour une réforme urgente, en appelant à une révision complète du cadre institutionnel. Le régulateur préconise une réforme visant à clarifier les rôles et à mettre en place une gestion plus transparente et plus efficace. La mobilisation de 2 963 milliards de fcfa reste cruciale pour réussir à financer les projets d’infrastructures, mais cette réussite dépendra d’une régulation plus rigoureuse et de la mise en place de mécanismes de financement innovants comme les Partenariats Publics-Privés (PPP).













