La suspension des taxes municipales pour les transporteurs urbains est une mesure sociale bienvenue pour stabiliser les prix du transport, mais elle crée un trou d’air dans les finances de la Mairie de Libreville. Ce secteur informel, bien que difficile à taxer, représente une masse financière colossale en termes de droits de stationnement et de taxes de circulation. Le silence sur le montant exact de ces recettes sacrifiées pose la question de l’équilibre budgétaire municipal.
Un transfert de charge masqué ?
La mairie de Libreville dépend historiquement de ces taxes pour financer la gestion des déchets, l’éclairage public et l’entretien des voiries secondaires. En coupant cette source de revenus sans compensation budgétaire de la part de l’État central, la ville prend le risque d’une dégradation de ses services publics. Pour les analystes, il s’agit d’un transfert de charge masqué : l’État gagne la paix sociale, mais la municipalité perd ses moyens d’action.
Ce « répit » révèle surtout l’incapacité de l’administration municipale à moderniser sa collecte. Si le système était numérisé et transparent, une baisse temporaire des taux serait préférable à une suspension totale. Ici, la suspension suggère que le coût de la collecte était peut-être devenu supérieur aux recettes réelles, à cause des déperditions et de la corruption rampante dans le circuit des collecteurs de rue.
Recensement du parc automobile informel
L’enjeu véritable est le recensement du parc automobile informel. Ce moratoire devrait être l’occasion pour la mairie d’exiger une identification biométrique de chaque chauffeur et de chaque véhicule en échange de la gratuité temporaire. C’est une opportunité unique de constituer une base de données fiscale fiable pour le futur, transformant une perte financière immédiate en un gain de gouvernance à long terme.
La gratuité ne peut pas être une stratégie budgétaire durable. Si la mairie ne profite pas de ce répit pour réformer ses mécanismes de collecte et diversifier ses sources de revenus (notamment via la taxe foncière), elle se retrouvera en situation d’asphyxie financière dès que les exigences sociales de la population augmenteront.














