Le Gabon veut changer d’échelle dans sa politique urbaine. Le gouvernement vient de signer un accord stratégique avec le groupe italien GKSD Holding pour la construction d’une ville intelligente de 2 500 logements à Libreville. Derrière ce projet, c’est toute une vision de modernisation sociale et territoriale que l’exécutif veut traduire dans les faits en faisant émerger des espaces urbains intégrés, capables de loger, soigner, éduquer et faire travailler les populations dans un cadre mieux planifié.
Pensée sur une superficie d’environ 100 000 hectares, la future cité devrait abriter près de 25 000 habitants. Mais le chantier dépasse la simple production d’habitats puisque le contrat prévoit un écosystème complet, avec des écoles, une clinique connectée, des infrastructures sportives, des espaces culturels, des lieux de culte, des zones commerciales et un réseau routier moderne. Le tout adossé à de vastes espaces verts, selon un modèle de « ville durable » inspiré des standards européens.
Une dynamique de construction maîtrisée
L’enjeu est de taille dans un pays où le déficit en logements est estimé à plus de 200 000 unités, et où les programmes publics précédents, comme celui de la SNLS ou les cités sociales de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), ont souvent souffert d’un manque de financement ou de coordination. En misant sur un opérateur privé étranger, Libreville espère relancer une dynamique de construction maîtrisée, avec une approche modulaire : la ville sera développée par phases, en fonction des capacités techniques et budgétaires.
Réalité des infrastructures
Mais ce projet interroge aussi. Comment articuler cette ambition futuriste avec la réalité des infrastructures existantes ? Routes, drainage, électricité et gestion des déchets constituent autant de maillons faibles du tissu urbain actuel. Sans réformes dans la gouvernance foncière et l’entretien des réseaux, le risque est de bâtir un îlot moderne entouré de dysfonctionnements structurels.

La « ville italienne » s’annonce donc comme un test grandeur nature de la capacité du Gabon à transformer ses intentions urbaines en résultats tangibles. Si elle réussit, elle pourrait servir de modèle à d’autres provinces. Si elle échoue, elle ne sera qu’un nouveau chapitre dans la longue série des projets ambitieux restés à l’état de maquette.








