L’annonce d’un projet d’implantation d’une usine d’assemblage automobile portée par Africa Materials (AFMAT) remet sur le devant de la scène une ambition industrielle que le Gabon nourrit depuis plusieurs années. Reçue fin janvier 2026 par le ministre de l’Industrie et de la Transformation locale, Lubin Ntoutoume, la délégation d’AFMAT, accompagnée de partenaires chinois, a présenté un projet structuré autour d’une usine d’assemblage adossée à un parc industriel, avec une montée en puissance progressive jusqu’à 90 % d’assemblage local à l’horizon 2036. Sur le papier, l’initiative coche les cases classiques : emplois, transfert de compétences et ancrage industriel.
Ce projet n’est toutefois pas nouveau. En novembre 2025, les autorités gabonaises avaient déjà examiné une proposition similaire portée par TK XPORT LLC, visant cette fois l’implantation d’une usine d’assemblage de bus, en lien avec le constructeur indien Ashok Leyland. Là encore, les promesses étaient familières : emplois majoritairement gabonais, service après-vente local, formation de techniciens et réduction de la dépendance aux importations de véhicules. À ce stade, aucune matérialisation industrielle concrète n’a encore été observée.
Le fil remonte même plus loin. Dès avril 2022, le Gabon figurait parmi les pays prospectés par l’African Association of Automotive Manufacturers (AAAM), dans le cadre d’un projet continental visant à faire émerger une véritable industrie automobile africaine, en lien avec la Zlecaf. Les autorités mettaient alors en avant les ressources locales, comme l’hévéa pour la fabrication de pneus, et la volonté d’intégrer les chaînes de valeur régionales. Là encore, la séquence s’était arrêtée au stade des discussions et des études de faisabilité.
Mis bout à bout, ces projets dessinent moins une accélération industrielle qu’une succession d’annonces autour d’un même objectif : faire du Gabon une terre d’assemblage automobile. La récurrence du thème traduit un intérêt réel des pouvoirs publics pour la transformation locale, mais aussi les difficultés structurelles à franchir le cap de l’exécution : taille limitée du marché intérieur, coût logistique, accès à l’énergie, fiscalité industrielle et stabilité des incitations sur la durée.
La question n’est donc plus celle de l’intention, largement affichée depuis 2022, mais celle de la crédibilité opérationnelle. AFMAT apporte aujourd’hui un calendrier et des partenaires identifiés, ce qui constitue un pas supplémentaire. Reste à savoir si ce projet saura rompre avec la logique des effets d’annonce et entrer, enfin, dans la phase décisive : celle des investissements réalisés, des lignes d’assemblage installées et des véhicules effectivement produits sur le sol gabonais.











