Depuis le début du mouvement de grève dans l’éducation nationale, le ministère de l’Éducation nationale communique régulièrement sur des avancées chiffrées en matière de régularisation administrative. Les données publiées font état de 328 sortants de l’ENS et de l’ENSET mis en solde, de 692 sortants des ENIL et ENIF intégrés en présalaire, de 108 enseignants des filières scientifiques régularisés et de 1 810 ex-bénévoles pris en charge. À ces mesures s’ajoutent 4 000 dossiers administratifs traités, sur un total de 6 574 recensés par la Fonction publique gabonaise.
Ces chiffres doivent toutefois être replacés dans le périmètre global communiqué par l’administration elle-même. Le ministère fait état d’une situation globale de 9 903 agents concernés par des irrégularités administratives, toutes catégories confondues. Rapportées à cet ensemble, les 4 000 situations annoncées comme traitées représentent un peu plus de 40 % du stock identifié, laissant une majorité de dossiers encore en attente de traitement effectif. Mais ce sont 40% de plus depuis la prise de pouvoir par les militaires. Cela démontre une volonté du gouvernement à trouver des solutions à cette situation.
En revanche, la nature des régularisations annoncées appelle également à une lecture différenciée. La mise en présalaire, qui concerne une part importante des bénéficiaires, constitue une étape transitoire distincte de la titularisation ou de l’intégration définitive. Elle ouvre droit à une rémunération, mais ne règle pas l’ensemble des questions statutaires, notamment en matière de carrière, de reclassement et de droits à pension. Cette distinction est cruciale dans l’appréciation des effets réels des mesures annoncées, mais cela représente une avancée majeure quand on sait que ces dossiers étaient tous bloqués sous le régime déchu d’Ali Bongo. Une situation qui avait été exacerbée par la suspension des recrutements dans la Fonction publique pendant plus de trois ans.
Sur le plan budgétaire, ces régularisations s’inscrivent dans un cadre financier contraint. La loi de finances 2026 fixe le budget du ministère de l’Éducation nationale à 282 milliards de fcfa, contre 255,6 milliards de fcfa en 2025, soit une hausse de 26,4 milliards de fcfa en glissement annuel. Une loi de finances qui a été votée avant la grève. Cette enveloppe couvre l’ensemble des charges du secteur, dont une masse salariale estimée à plus de 205 milliards de fcfa pour environ 25 700 agents. Toute régularisation définitive entraîne donc un impact durable sur les dépenses publiques, ce qui explique le phasage retenu par l’administration.
C’est précisément l’écart entre ces données agrégées et les situations individuelles non résolues qui alimente la persistance du mouvement social du côté des partenaires sociaux de l’Etat gabonais. Les chiffres existent, mais leur traduction concrète reste partielle à ce stade, compte tenu de l’antériorité de la Loi de finances par rapport à la grève. Tant que l’ensemble des dossiers recensés ne sera pas traité dans un cadre clairement défini, la confrontation entre annonces globales et réalités de terrain continuera de structurer le débat autour de la grève des enseignants. D’où la neccessité de commander un audit qui fera la lumière sur la situation réelle des enseignants.











