La mise au point publiée par la SEEG sur l’interconnexion électrique avec la Guinée équatoriale vise à répondre à une rumeur persistante : le Gabon refuserait de payer ses factures d’électricité. Les chiffres officiels issus de la mission bilatérale tenue début février 2026 à Djibloho apportent une lecture plus nuancée. Au 31 janvier 2026, le montant total facturé par la société équato-guinéenne SEGESA s’élevait à 623,1 millions de fcfa, dont 257,4 millions de fcfa déjà réglés, laissant un solde brut de 365,7 millions de fcfa.
Après révision des factures litigieuses couvrant la période août-octobre 2025, le solde réel a été ramené à 247,8 millions de fcfa. Les corrections portent sur des erreurs de facturation, des retenues contractuelles et la conformité des documents transmis. Autrement dit, il ne s’agissait pas d’un refus de paiement, mais d’un contentieux technique et contractuel, désormais formalisé par un procès-verbal signé par l’ensemble des parties.
Mais cette clarification financière ne saurait masquer le problème de fond. L’interconnexion, mise en service en février 2025, devait constituer une réponse rapide aux tensions chroniques sur le réseau électrique gabonais. Or, près d’un an plus tard, la puissance effectivement mobilisée reste limitée. La fourniture est passée de 2 MW à 5 MW, alors que la capacité contractuelle maximale est de 8 MW. Le dispositif fonctionne donc en deçà de son potentiel, alors même que les besoins nationaux restent élevés.
Ce décalage révèle une politique énergétique gabonaise qui repose encore largement sur des solutions transitoires, coûteuses et fragmentées. Dans le même temps, l’État continue de verser environ 1,8 milliard de fcfa par mois à KarPowerShip, pour une centrale flottante dont l’impact sur la stabilité du réseau est jugé insuffisant par de nombreux acteurs du secteur. L’addition de ces dispositifs d’urgence traduit une difficulté persistante à sécuriser une offre électrique structurelle.
Selon le Baromètre CEMAC 2025 de la Banque mondiale, les déficits énergétiques figurent parmi les principaux freins à la croissance et à l’industrialisation dans la sous-région. Tant que l’approvisionnement restera dépendant d’interconnexions partielles, de centrales temporaires et d’arrangements contractuels complexes, le coût économique sera élevé : factures contestées, capacités sous-utilisées et incertitude permanente pour les entreprises.
À ce titre, la mise au point de la SEEG rétablit les faits sur le plan financier, mais elle agit aussi comme un aveu d’impuissance stratégique. L’interconnexion n’est ni un échec total ni une solution définitive. Elle illustre surtout les limites d’une gestion par ajustements successifs, où chaque mégawatt supplémentaire est acquis au prix fort, sans résoudre durablement la crise énergétique structurelle du pays.











