Quelques jours après la décision de la Cour internationale de justice (CIJ) reconnaissant la souveraineté de la Guinée équatoriale sur l’île Mbanié et les îlots Cocotiers et Conga, le Gabon accepte la mise en place d’un comité conjoint d’experts. Cette initiative, annoncée à Malabo le 5 juin 2025 lors de la visite du président Brice Clotaire Oligui Nguema, se veut pacifique. Mais dans les faits, elle consacre un dialogue dans un rapport de force désormais défavorable à Libreville, désavoué sur le plan juridique.
Le verdict de la CIJ a invalidé les revendications du Gabon fondées sur la convention de Bata de 1974, considérée comme non contraignante. En reconnaissant un titre légal issu de la colonisation espagnole et transmis à la Guinée équatoriale à l’indépendance, la Cour a offert une victoire claire à Malabo. Pourtant, le Gabon choisit de rester à la table des négociations, sans condition ni contrepartie apparente, ce qui laisse peu de marge de manœuvre diplomatiques pour défendre ses intérêts dans une zone maritime riche en pétrole.
Création d’un comité conjoint d’experts
La création d’un comité conjoint d’experts pourrait apparaître comme un simple habillage diplomatique, alors que la décision de justice a déjà tranché le litige. En l’état, cette démarche pourrait permettre à la Guinée équatoriale de gagner du temps tout en organisant l’exploitation des ressources au détriment du Gabon, jusqu’ici gestionnaire de facto de l’îlot Mbanié. La bonne volonté affichée par Libreville pourrait être interprétée comme un aveu de faiblesse.
Dans un contexte où les deux pays cherchent à maintenir des relations pacifiques, plusieurs accords bilatéraux dans des domaines variés ont été signés. Mais ces annonces ne doivent pas masquer le déséquilibre créé par la décision de La Haye. Pour nombre d’analystes, ce virage diplomatique affaiblit durablement la position gabonaise sur un enjeu stratégique, au moment même où les pressions internes sur la gestion des ressources naturelles sont déjà fortes.
Prudente fermeté de la Guinée équatoriale
Le message du président Oligui Nguema appelant au calme contraste avec la prudente fermeté de son homologue équato-guinéen, qui s’est dit certain de la « compréhension » du Gabon. Pour l’heure, Libreville semble opter pour la désescalade, mais dans des conditions qui ne garantissent ni un partage équitable des ressources ni une reconnaissance de ses intérêts historiques dans la zone contestée.








