L’agence de notation Moody’s a abaissé la note de solidité financière du groupe Eramet de B1 à B2, soulignant la fragilité accrue du groupe, notamment après une chute de 54 % de son résultat opérationnel ajusté en 2025. Cette dégradation de la note résulte principalement de la détérioration de la rentabilité d’Eramet, exacerbée par la baisse des prix des métaux et par des problèmes logistiques persistants. De plus, l’endettement net du groupe a connu une forte augmentation, atteignant 1,9 milliard d’euros, accentuant la pression sur la gestion financière du groupe, déjà mise à mal par ces difficultés.
Un des principaux facteurs de cette situation est la dépendance d’Eramet au manganèse gabonais, et plus précisément au gisement de Moanda, qui constitue l’essentiel des profits du groupe. Cette concentration sur une seule ressource expose l’entreprise à des risques considérables, notamment en cas de perturbations dans les opérations d’extraction ou de problèmes dans la chaîne d’approvisionnement. Les récentes difficultés rencontrées dans la production et l’exportation du manganèse mettent en évidence les vulnérabilités auxquelles Eramet est confronté. Si les conditions d’exploitation au Gabon se dégradent davantage, la situation financière du groupe pourrait se détériorer encore plus.
Parallèlement, le Gabon exerce une pression croissante sur Eramet afin de favoriser la transformation locale du manganèse, une exigence stratégique du Plan National de Croissance et de Développement (PNCD) du pays. L’objectif du gouvernement gabonais est de valoriser le minerai sur place, afin d’ajouter de la valeur aux exportations et de créer des emplois locaux. Cependant, ce projet nécessitera des investissements massifs dans les infrastructures industrielles, et Eramet devra faire face à un défi de taille pour répondre aux attentes du gouvernement tout en maintenant sa rentabilité.
Moody’s indique également qu’Eramet devra réussir son augmentation de capital prévue pour 2026 pour restaurer sa solidité financière. Bien que cette initiative puisse aider à alléger la pression financière, elle n’est pas suffisante pour garantir une stabilité à long terme si le groupe ne parvient pas à diversifier ses sources de revenus. L’entreprise se retrouve dans une situation difficile, où elle devra jongler entre la réduction de sa dette et les investissements nécessaires pour moderniser ses infrastructures et répondre aux exigences du Gabon en matière de transformation locale du manganèse.
Entre crise d’investissements et crise de gouvernance, Eramet se trouve à un carrefour stratégique. La gestion efficace de sa crise financière, la réduction de sa dépendance au manganèse gabonais et l’accélération de la transformation locale seront des éléments cruciaux pour sa survie à long terme. De son côté, le Gabon suit de près l’évolution du secteur minier, déterminé à maximiser les retombées économiques de ses ressources naturelles et à s’assurer que les investissements dans le secteur soient bénéfiques pour l’économie nationale.













