La sortie le 7 février dernier de Bienvenu Effayong Obiang, plus connu sous le pseudonyme de Bitome, ancien activiste très suivi sur les réseaux sociaux avant leur suspension au Gabon le 17 février, continue d’alimenter une vive controverse dans l’espace public. Une vidéo qu’il a lui-même diffusée a rapidement circulé, déclenchant une vague d’indignation et ouvrant un débat plus large sur les limites de la parole publique dans un contexte politique et social déjà fragile. Pacceli-Taylor Bikoro dénonce un acte d’une « extrême gravité ».
Une dénonciation politique ferme
Face aux déclarations de Bitome, l’acteur politique Pacceli-Taylor Bikoro est monté au créneau pour dénoncer ce qu’il qualifie d’acte d’« extrême gravité ». Dans un communiqué parvenu à notre rédaction, il condamne fermement les propos tenus par l’ancien activiste, rappelant que l’intéressé occupe une fonction publique en tant que chargé d’Études auprès du directeur général de l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (AGASA), nomination intervenue lors du Conseil des ministres du 7 février 2024.
« Les propos tenus par Bienvenu Effayong Obiang, alias Bitome, nommé chargé d’Études auprès du directeur général de l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (AGASA) par le chef de l’État lors du Conseil des ministres du 07 février 2024, dans une vidéo devenue virale qu’il a lui-même diffusée sur les réseaux sociaux, sont d’une extrême gravité et ne sauraient être tolérés dans un État qui se veut attaché aux valeurs de la République et de l’unité nationale », a-t-il souligné.
Le risque d’une fracture identitaire
Selon Pacceli-Taylor Bikoro, l’origine de la controverse remonterait à un conflit opposant Bitome à un autre activiste gabonais. Dans ce contexte, ce dernier aurait proféré des menaces et des insultes particulièrement virulentes, allant jusqu’à invoquer une supposée domination ethnique pour justifier son impunité.
Il explique notamment que l’intéressé aurait affirmé que son contradicteur « ne pourrait rien lui faire en représailles au motif qu’il serait Fang et que le Gabon serait, selon ses propres termes, un « pays des Fang » ». Une déclaration qui, selon lui, franchit une ligne rouge en introduisant une dimension identitaire dans un différend personnel.
Pour l’acteur politique, ces propos sont non seulement inacceptables mais aussi dangereux. « Ils portent atteinte au pacte républicain, alimentent les fractures identitaires et menacent la cohésion nationale, socle de notre vivre-ensemble. Je suis moi-même Fang, originaire d’Oyem dans la province du Woleu-Ntem, et je tiens à exprimer avec la plus grande fermeté mon indignation face à ces déclarations. Je m’en désolidarise totalement et sans ambiguïté », a-t-il précisé.
L’exigence d’exemplarité dans la sphère publique
Au-delà de la polémique personnelle, cette affaire soulève également la question de l’exemplarité des agents de l’État. Dans son analyse, Pacceli-Taylor Bikoro estime que le statut administratif de Bitome confère une portée particulière à ses propos, qui ne peuvent être considérés comme une simple opinion privée.
« Nul ne peut instrumentaliser l’identité ethnique pour intimider, menacer ou prétendre s’arroger une quelconque supériorité sur les autres citoyens. Le Gabon n’est ni la propriété d’une ethnie, ni le domaine réservé d’un groupe. Le Gabon appartient à tous ses enfants, sans distinction d’origine, de province ou de communauté », a-t-il dénoncé.
Dans cette logique, il appelle directement à une réaction du sommet de l’État. « Parce que de tels propos, tenus par un agent nommé en Conseil des ministres, jettent une ombre grave sur l’exigence d’exemplarité qui doit prévaloir au sein de l’État, j’en appelle solennellement au chef de l’État, afin qu’il prenne toute la mesure de la gravité de cette situation et qu’il en tire les conséquences qui s’imposent, notamment en retirant sa confiance à cet individu », insiste-t-il.
Une controverse révélatrice des tensions politiques
L’affaire intervient dans un contexte politique marqué par une forte sensibilité aux discours identitaires. Au Gabon, le tribalisme reste l’un des sujets les plus délicats du débat public, car il touche directement aux équilibres sociaux et à la perception de l’égalité entre les citoyens.
Pour Pacceli-Taylor Bikoro, la République ne peut tolérer que des responsables publics banalisent ce type de discours. Selon lui, « la République ne peut tolérer que des agents placés sous son autorité banalisent le tribalisme, instrumentalisent les appartenances ethniques et alimentent les divisions au sein de notre Nation ».
Il conclut en appelant à une réaction ferme des institutions face à ce type de dérives. « Face aux discours de haine et aux tentatives de fragmentation de notre pays, la fermeté de l’État doit être totale », affirme-t-il, estimant que la préservation de l’unité nationale doit rester une priorité absolue dans la gestion de ce dossier.














