Le gel du rachat des actifs de Tullow Oil par la GOC n’est pas un simple aléa technique. Il constitue un contretemps stratégique aux lourdes conséquences budgétaires pour le Gabon. Les permis concernés, opérés jusqu’ici par la major britannique, devaient entrer dans le giron de l’État via la GOC. Une fois maîtrisés, ils auraient pu générer rapidement des revenus significatifs pour les finances publiques. Aujourd’hui, tout est suspendu.
Le contexte est pourtant critique : le Gabon traverse une phase de tensions budgétaires et cherche à diversifier ses sources de revenus, tout en valorisant davantage ses hydrocarbures. Chaque retard dans l’exploitation de nouveaux gisements constitue donc un manque à gagner, à un moment où le pétrole reste encore un levier majeur de recettes fiscales et d’équilibres macroéconomiques. Ce gel fragilise l’efficacité même de la stratégie pétrolière.
Contraintes administratives
À cela s’ajoute une perte de crédibilité dans la conduite des grandes opérations énergétiques par les autorités gabonaises. Le retard s’explique en partie par des « contraintes administratives » à Libreville, selon les informations d’Africa Intelligence. Cette inertie administrative récurrente est incompatible avec les exigences du marché pétrolier, qui fonctionne sur des cycles courts, des fenêtres d’opportunités limitées, et une compétition mondiale exacerbée.
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Ce ralentissement donne aussi du grain à moudre aux sceptiques de la politique de « nationalisation douce » menée par la Transition. L’ambition est claire : reprendre la main sur les actifs pétroliers, mais sans les moyens juridiques, techniques et financiers d’un vrai bras armé, l’opération devient un simple affichage politique. L’effet domino attendu sur d’autres majors poussées à céder des parts à la GOC s’essouffle.
Tension structurelle
Au final, ce dossier révèle une tension structurelle : la volonté politique d’accélérer la reconquête pétrolière se heurte aux lenteurs technocratiques et au sous-investissement chronique. Tant que cette équation ne sera pas résolue, les ambitions resteront suspendues aux promesses… et aux déblocages de partenaires étrangers. Ce n’est pas là une souveraineté énergétique : c’est une souveraineté en leasing.








