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Réseaux sociaux suspendus : une décision radicale qui interroge l’État de droit au Gabon

Ce 17 février 2026, la Haute autorité de la communication (HAC) a ordonné la suspension immédiate de l’ensemble des réseaux sociaux sur le territoire gabonais. L’institution justifie cette décision par la prolifération de contenus jugés diffamatoires, haineux et susceptibles de menacer la sécurité nationale. Selon elle, la diffusion de fausses informations, la divulgation de données personnelles et l’inaction des plateformes numériques face à ces dérives rendaient nécessaire une mesure forte pour préserver l’ordre public. Mais cette décision, aussi spectaculaire que brutale, a immédiatement provoqué un choc dans l’opinion publique. Elle divise les citoyens, les professionnels de l’information, les acteurs économiques et les défenseurs des libertés publiques. Car au-delà de la question des dérives numériques, c’est le principe même d’une suspension générale qui est aujourd’hui au cœur du débat.

Une réponse collective à des fautes individuelles

La logique de la décision interroge. Suspendre l’accès aux réseaux sociaux pour l’ensemble d’une population revient à appliquer une sanction collective à des comportements individuels. Or, dans un État de droit, la responsabilité est censée être personnelle, proportionnée et encadrée par des procédures précises.

Les abus existent, personne ne le conteste. Les discours haineux, les campagnes de désinformation et les atteintes à la vie privée doivent être combattus avec rigueur. Mais la question centrale demeure : faut-il pour autant priver des centaines de milliers de citoyens d’un outil devenu essentiel à la vie sociale, économique et professionnelle ?

Les discours haineux, les campagnes de désinformation et les atteintes à la vie privée doivent être combattus avec rigueur.

Le Code de la communication gabonais lui-même pose une limite claire. L’article 11 rappelle que « toute censure en matière de communication, en dehors des cas prévus par la loi, constitue une violation des droits de l’Homme » et que toute intervention visant à restreindre ou suspendre la liberté de la communication constitue une entrave à son exercice.

La liberté d’expression, pilier fragile des « démocraties » africaines

Les grandes voix de la liberté d’expression ont toujours mis en garde contre les restrictions globales et préventives. Le philosophe français Voltaire, souvent associé à la défense de la liberté d’opinion, est crédité de cette maxime devenue emblématique : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire. » Plus tard, George Orwell rappelait avec une lucidité implacable : « La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Si cela est accordé, le reste suit. »

Chez nous en Afrique, Nelson Mandela soulignait le lien entre liberté d’expression et dignité humaine. « Priver les gens de leur droit de parole, c’est leur retirer une part de leur humanité », disait-il. Ces principes ne signifient pas que tout doit être permis. Ils rappellent simplement que les restrictions à la liberté d’expression doivent être exceptionnelles, proportionnées et juridiquement fondées.

Le risque d’un précédent dangereux

Au-delà de la situation immédiate, la décision de la HAC pose un problème de précédent. Une suspension générale des réseaux sociaux, même justifiée par des raisons de sécurité, ouvre la voie à des mesures similaires à l’avenir, dans des contextes politiques ou sociaux différents.

Dans de nombreux pays, ce type de décision a souvent été critiqué par les organisations internationales comme une atteinte disproportionnée aux libertés fondamentales. Elle affecte non seulement le débat public, mais aussi l’économie numérique, les petites entreprises, les médias en ligne et les citoyens ordinaires qui utilisent ces outils pour travailler, s’informer ou rester en contact avec leurs proches.

Réguler sans censurer : le véritable défi

La question n’est pas de savoir s’il faut réguler les réseaux sociaux. La régulation est nécessaire. Mais elle doit être ciblée, juridiquement encadrée et techniquement proportionnée. Sanctionner les auteurs de contenus illicites, renforcer les mécanismes de signalement, coopérer avec les plateformes, accélérer les procédures judiciaires : voilà des réponses conformes aux principes d’un État de droit. À l’inverse, suspendre l’accès à tout un espace de communication revient à traiter un problème complexe par une solution simpliste.

Une telle mesure de suspension risque paradoxalement d’accentuer les tensions qu’elle prétend prévenir.

Punir collectivement pour des fautes individuelles fragilise la confiance entre les institutions et les citoyens. Et dans un contexte où la cohésion nationale est invoquée comme justification, une telle mesure risque paradoxalement d’accentuer les tensions qu’elle prétend prévenir.

Une décision qui appelle un débat national

La suspension des réseaux sociaux n’est pas une simple mesure technique. C’est un choix politique, juridique et démocratique majeur. Il engage la conception que l’État se fait de la liberté d’expression, du rôle des institutions de régulation et de la place du citoyen dans l’espace public. Dans une démocratie, les dérives doivent être combattues. Mais la liberté ne peut être protégée en la suspendant. Comme l’écrivait le juriste américain Louis Brandeis : «Le remède à la parole nuisible est plus de parole, pas le silence imposé.»

En définitive, la décision du 17 février 2026 restera sans doute comme un moment charnière. Reste à savoir si elle ouvrira la voie à une régulation plus intelligente, ou à une normalisation des restrictions collectives au nom de la stabilité. Le débat, lui, ne fait que commencer. 

le coup de coeur

Ferdinand DEMBA
Ferdinand DEMBAhttp://www.insidenews241.com
Passionné de lettres et désormais de chiffres, FD est le directeur de publication d’Inside News241. Journaliste de métier et de convictions, lui et son équipe sont au service d’une information objective, d’utilité publique et au service de la vérité.

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