La Loi de finances 2026 acte une réduction massive des subventions aux carburants, qui passent de 88 milliards de fcfa en 2025 à 12 milliards de fcfa en 2026, soit une baisse de 76 milliards de fcfa en valeur absolue et de 85 % en un seul exercice budgétaire. Cette économie représente à elle seule près de 1,7 % des recettes budgétaires totales, dans un budget global estimé à environ 4 500 milliards de fcfa. À titre de comparaison, le montant supprimé équivaut à plus de 6 fois le budget annuel alloué à certains programmes sociaux ciblés.
Cette compression intervient alors que le service de la dette inscrit dans la LF 2026 atteint 1 050 milliards de fcfa, contre environ 890 milliards de fcfa en 2024 et 960 milliards de fcfa en 2025. En proportion, cela représente près de 25 % des recettes attendues, contre 18 % cinq ans plus tôt. Autrement dit, l’effort demandé aux ménages via la suppression des subventions correspond à moins de 8 % du coût annuel du service de la dette, mais affecte directement 100 % des consommateurs de carburants.
Dans une économie où plus de 65 % de l’emploi est informel, la transmission de cette mesure est quasi immédiate. Le poste transport représente entre 15 et 25 % du budget des ménages urbains modestes. Une hausse de 10 % du prix des carburants entraîne historiquement une inflation additionnelle comprise entre 1 et 1,5 point, selon les estimations régionales. À l’échelle d’une année, cela peut représenter une perte de pouvoir d’achat équivalente à un mois de revenu pour les ménages du premier quintile.
La Loi de finances 2026 ne prévoit pas de mécanisme de compensation proportionnel. Les dispositifs de filets sociaux existants couvrent moins de 15 % des ménages vulnérables identifiés, avec des transferts mensuels moyens inférieurs à 25 000 de fcfa, soit à peine 30 % du surcoût annuel estimé lié à l’augmentation des prix du transport et des biens essentiels. Le différentiel non couvert reste donc massif et structurel.
Ce choix budgétaire révèle une hiérarchie précise des priorités publiques. Pour sécuriser le paiement de 1 050 milliards de fcfa de dette, l’État accepte de retirer 76 milliards de fcfa de soutien indirect aux ménages, dans un contexte de croissance nominale inférieure à 5 % et de chômage des jeunes supérieur à 30 %. Le risque social n’est pas latent : il est chiffré, concentré et immédiat.











