Le projet Air Taxi Gabon, présenté en ce début février 2026 comme une innovation destinée à renforcer la mobilité intérieure et le tourisme, s’inscrit dans un secteur où l’État gabonais a accumulé plus d’échecs que de succès. Derrière l’emballage technologique et le vocabulaire de la “flexibilité”, la démarche ravive un passif lourd : celui d’une aviation nationale structurellement déficitaire, marquée par des faillites successives et une incapacité persistante à bâtir un modèle économiquement viable.
L’histoire récente est sans appel. Air Gabon, liquidée en 2006 après des années de pertes chroniques, devait laisser place à une nouvelle génération d’opérateurs. Les projets Gabon Airlines, Nouvelle Air Affaires Gabon, puis plus récemment Afric-Aviation, ont tous suivi la même trajectoire : annonces ambitieuses, lancement partiel, puis arrêt brutal faute de trésorerie, de gouvernance stable et de volumes suffisants.
Afric-Aviation, portée par l’un des promoteurs aujourd’hui associés à Air Taxi Gabon, a été mise en liquidation après avoir accumulé près de 1,9 milliard fcfa de dettes sociales, laissant plus de 180 employés sans règlement complet.
Ces échecs ne relèvent pas du hasard. Le marché domestique gabonais est structurellement étroit : moins de 2,5 millions d’habitants, une faible densité de trafic intérieur, des coûts fixes élevés (maintenance, carburant, redevances aéroportuaires) et une dépendance quasi totale à l’importation des équipements.
À cela s’ajoute un environnement où l’État, souvent actionnaire ou facilitateur implicite, peine à imposer une discipline budgétaire et contractuelle durable aux opérateurs qu’il soutient. Le projet Air Taxi Gabon soulève donc une question : qu’est-ce qui a fondamentalement changé depuis les précédentes tentatives ? À ce stade, aucun élément public ne précise le modèle économique, le niveau d’investissement initial, le partage des risques entre acteurs privés et État, ni les mécanismes de couverture des pertes en phase de montée en charge. Or, dans l’aérien, l’innovation technologique ne compense ni l’absence de volumes ni la fragilité financière.
En réalité, Air Taxi Gabon apparaît moins comme une rupture que comme une reformulation conceptuelle d’un vieux problème non résolu : celui de la soutenabilité de l’aviation intérieure au Gabon. Tant que la question de la gouvernance, des coûts et du marché réel ne sera pas traitée frontalement, le pays risque de rejouer un film déjà vu, avec un scénario identique et une fin connue.












