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Finances publiques : Libreville sort l’artillerie lourde pour dompter sa dette

L’annonce est tombée comme un couperet lors du dernier Conseil des ministres : le Gabon se dote enfin d’un Comité national de la dette publique (CNDP). Plus qu’une simple formalité administrative, cette décision marque une rupture avec l’opacité budgétaire des années passées. En réactivant ce levier, resté étrangement inerte depuis 2013 malgré les directives de la CEMAC, l’exécutif gabonais envoie un signal fort aux bailleurs de fonds internationaux.

Il ne s’agit plus seulement de gérer des chiffres, mais de reprendre en main la souveraineté financière d’un pays qui ne veut plus naviguer à vue.

Le CNDP s’articule autour d’un mécanisme à trois têtes, conçu pour verrouiller chaque étape de l’emprunt. Sous la houlette du ministre de l’Économie, un comité de coordination tranchera les grandes orientations, soutenu par des techniciens chargés de passer au crible chaque nouveau projet de prêt. Ce filtre rigoureux vise à mettre fin à l’ère des chèques en blanc et des garanties accordées sans discernement. Le Secrétariat permanent, bras armé de cette réforme, aura la lourde tâche de traduire ces décisions en actes concrets, assurant ainsi une surveillance de chaque instant sur le portefeuille de l’État.

Le grand nettoyage : l’audit de la vérité

Pour assainir l’avenir, le gouvernement a jugé indispensable de fouiller le passé à travers un audit chirurgical. Sur une période de deux à trois mois, une commission spéciale va traquer les « dettes fantômes » héritées de la période 2016-2023 du régime d’Ali Bongo. L’objectif est clair : débusquer les financements décaissés pour des chantiers jamais sortis de terre ou les fonds qui se sont évaporés avant d’atteindre le Trésor public. Avec l’expertise du FMI en soutien, cet examen de conscience budgétaire doit permettre de séparer les engagements légitimes des irrégularités contractuelles qui plombent les comptes nationaux.

Cette opération de transparence intervient à un moment critique où l’endettement du pays a pris une trajectoire vertigineuse. En l’espace de seulement dix mois, l’encours global a bondi de plus de 20 %, frôlant désormais la barre symbolique des 8 600 milliards de fcfa. Cette accélération brutale s’explique par un recours massif au marché domestique, la dette intérieure dépassant désormais légèrement le volume des créances extérieures. Face à cette pression croissante, l’État n’a plus d’autre choix que de rationaliser son train de vie pour éviter l’asphyxie financière.

Vers une nouvelle ère de crédibilité financière

L’enjeu final de cette restructuration dépasse la simple comptabilité. En se conformant aux standards de la CEMAC et en sécurisant ses processus, le Gabon cherche à restaurer une confiance écornée auprès des marchés financiers. L’idée est de bâtir une stratégie d’endettement « intelligente », où chaque franc emprunté sera prioritairement injecté dans les infrastructures de base. En transformant la dette d’un fardeau passif en un levier de croissance structuré, Libreville espère enfin sortir du cycle des emprunts de survie pour entrer dans celui de l’investissement productif.

Le Gabon semble enfin prêt à regarder ses créanciers dans les yeux, mais la réussite de ce pari dépendra de la rigueur avec laquelle le CNDP exercera son pouvoir de contrôle. La route vers la stabilité est tracée, reste à voir si la volonté politique tiendra la distance.

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