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Gabon : 1990-1992, quand l’école est entrée en résistance, aux origines d’une crise jamais refermée

le coup de coeur

Au tournant des années 1990, l’école gabonaise devient l’un des premiers espaces de contestation structurée du pays. Dans le sillage des mouvements sociaux qui accompagnent l’ouverture politique et le multipartisme, les enseignants dénoncent déjà salaires irréguliers, carrières bloquées, absence de statut clair, infrastructures dégradées. Les assemblées générales se multiplient, les syndicats se renforcent, et la grève s’installe comme un outil de pression légitime. Ce moment fondateur est crucial : il fixe le schéma conflictuel qui rythmera l’Éducation nationale pendant plus de trois décennies de revendication, de promesse, de reprise des cours et d’oubli. Découvrez notre dossier sur la crise qui touche l’Education nationale à travers cette série de neuf (9) articles, dont un éditorial signé de notre directeur de publication.

1992 : l’année où tout à basculé

La tension culmine en 1992 avec la mort tragique de Martine Oulabou Mbadinga, enseignante engagée dans le mouvement revendicatif. Le drame marque une rupture irréversible. Pour la première fois, la contestation enseignante se paie au prix du sang. Dans les mois qui suivent, l’État reconnaît implicitement la gravité de l’événement, mais sans réforme structurelle immédiate. La mort de Martine Oulabou devient un traumatisme collectif, un repère moral, mais aussi le début d’un long malentendu politique : l’émotion remplace l’action, la mémoire supplante la réparation.

Martine OULABOU, symbole de la résistance enseignante au Gabon.

Institutionnalisation des grèves

À partir de là, le cycle s’institutionnalise. Les grèves reviennent régulièrement, 1996, 2001, 2006, 2010, chacune assortie de commissions, de protocoles d’accord et de calendriers d’exécution rarement respectés. Les syndicats enseignants, initialement porteurs d’un rapport de force crédible, entrent progressivement dans une zone grise. Certains leaders sont cooptés par l’administration, d’autres accusés de négocier des sorties de crise sans consultation de la base. La fracture se creuse entre les enseignants titulaires relativement protégés et une masse croissante de précaires, contractuels ou vacataires, laissés en marge des régularisations promises.

Un coût humain terrible !

Cette dérive a un coût humain. Depuis 1992, des enseignants sont morts sans jamais voir leur situation administrative régularisée. Certains ont exercé pendant dix, quinze ans sans titularisation ; d’autres sont décédés sans pension, faute d’actes administratifs signés à temps. Ces décès, rarement médiatisés, constituent une violence silencieuse qui prolonge le traumatisme initial. L’école gabonaise ne compte pas seulement des grèves perdues, mais des vies brisées par l’inertie bureaucratique.

Emergence de SOS Education

C’est sur ces ruines qu’émerge, des décennies plus tard, SOS Éducation. Ce collectif naît explicitement du rejet des pratiques syndicales jugées compromises et de la lassitude face aux promesses sans effet. Il revendique une méthode nouvelle : décisions votées par la base, négociations publiques, exigence d’actes écrits et exécutoires.

En revenant aux origines du conflit, statut, carrière, retraite, SOS Éducation rompt avec la logique des concessions temporaires. Trente-cinq ans après 1990, la paralysie actuelle du système éducatif apparaît ainsi non comme une crise conjoncturelle, mais comme l’aboutissement logique d’un conflit jamais résolu.

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