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Gabon : 22,6 milliards de fcfa de taxe forfaitaire d’habitation en 2026, quand le logement devient une ligne fiscale

La Loi de finances 2026 introduit une taxe qui change la logique de collecte : la taxe forfaitaire d’habitation, attendue à 22,6 milliards de fcfa, alors qu’elle était inexistante en 2025. Plutôt que de chercher une base foncière parfaitement cadastrée (longue et coûteuse à bâtir), l’État s’appuie sur un canal déjà massifié et régulier, la facture d’électricité, pour capter une ressource nouvelle. Ce choix améliore mécaniquement la “sécurité” de recouvrement, parce que la taxe est adossée à un paiement récurrent, difficile à éviter, et intégré à une dépense contrainte.

Ce montant de 22,6 milliards de fcfa, peut paraître abstrait. Mais rapporté à la vie réelle, il devient très concret. 1 milliard de fcfa, c’est déjà l’équivalent de 10 000 ménages supportant 100 000 fcfa     chacun sur l’année, ou 100 000 ménages supportant 10 000 fcfa chacun, ou encore 1 million de factures supportant 1 000 fcfa     chacune. Et ici, on ne parle pas d’1 milliard : on parle de 22,6 milliards. Cela signifie que, même si la taxe est “petite” à l’unité, sa puissance vient du volume. Par exemple, si l’objectif budgétaire était porté par 300 000 abonnements, cela correspondrait à une moyenne théorique d’environ 75 000 fcfa  par abonnement et par an (soit environ 6 250 fcfa/mois). Si la base était plutôt 500 000 abonnements, la moyenne théorique tomberait à 45 200 fcfa/an (soit 3 770 fcfa/mois). Ces chiffres donnent un ordre de grandeur du “poids” nécessaire pour atteindre 22,6 milliards.

L’enjeu économique, c’est que cette taxe ne frappe pas une consommation “optionnelle” : elle s’ajoute à un panier de dépenses incompressibles (énergie, eau, communications, transport). Pour un foyer qui consomme déjà son électricité sous contrainte, congélateur, lumière, recharge, ventilation, parfois pompe, une hausse fiscale peut produire un effet de ciseau : soit on paie et on réduit ailleurs (alimentation, transport, santé), soit on retarde d’autres dépenses, soit on cherche des arbitrages (réduction de consommation, colocation, changement de logement, etc.). C’est exactement le type de glissement que les analyses des magistrats financiers invitent à surveiller : une fiscalité “facile à collecter” peut devenir, par accumulation, une fiscalité “difficile à absorber”.

Enfin, cette taxe intervient dans un environnement où la question des bases (cadastre, fichiers, ciblage social) reste un chantier. La Cour des comptes, dans ses observations de méthode, insiste généralement sur la cohérence entre nouveaux prélèvements, capacité contributive et dispositifs d’atténuation. Ici, l’option retenue privilégie la rapidité budgétaire : une recette immédiatement mobilisable, au prix d’une progressivité plus difficile à démontrer. 

À titre de comparaison, le Sénégal a longtemps affronté le même problème que le Gabon : bases foncières incomplètes, titres imparfaits, difficulté à recouvrer l’impôt local. Mais plutôt que d’adosser massivement une taxe d’habitation à une facture de service, Dakar a privilégié un modèle foncier (taxe sur la propriété/valeur locative) et l’amélioration du fichier. Une expérience menée à Dakar depuis 2021 a mobilisé des outils numériques et des images satellites pour mieux identifier le bâti : entre 2021 et 2024, la conformité fiscale a été triplée dans les zones couvertes, avec plusieurs millions d’euros de recettes additionnelles à la clé. Mais comparaison n’est pas raison, aime-t-on répéter dans la Ve République.

Là encore, la traduction dans le portefeuille est la clé. 450 millions de fcfa     de hausse, c’est par exemple 450 000 factures supportant 1 000 de fcfa     de plus sur l’année, ou 4,5 millions de factures supportant 100 de fcfa de plus, ou encore 150 000 abonnés supportant 3 000 de fcfa    /an supplémentaires (soit 250 de fcfa    /mois). Même un montant “petit” à l’unité devient lourd au niveau national parce qu’il s’applique à une dépense universelle. Et ce n’est qu’un incrément ; le stock, lui, c’est 6,95 milliards : à titre d’ordre de grandeur, 1 milliard de fcfa     d’électricité-taxation correspond à 1 million de factures à 1 000 de fcfa, ou à 100 000 abonnés à 10 000 de fcfa/an. On comprend vite comment ces contributions structurent la facture finale.

L’impact économique ne se limite pas aux ménages : l’électricité est un intrant transversal. Quand la facture énergétique monte, les coûts de production et de service montent aussi, boulangeries, ateliers, petits commerces, chaîne du froid, bars, restaurants, etc. Dans ces secteurs, la hausse se répercute rarement sous forme d’une “ligne taxe” visible ; elle se retrouve dans les prix : pain un peu plus cher, glace plus chère, frais de conservation, coûts de fonctionnement, et parfois réduction des horaires. Cette mécanique est connue : fiscaliser l’énergie accroît l’élasticité des prix en cascade, surtout dans une économie où l’énergie pèse fortement sur le coût de fonctionnement.

Dans les analyses institutionnelles, la question n’est pas de nier l’utilité de recettes stables, mais d’éviter que les services essentiels deviennent une variable d’équilibre systématique. Les juridictions financières notamment la Cour des Comptes, rappellent souvent qu’une fiscalité adossée à l’électricité doit idéalement s’accompagner d’une trajectoire d’amélioration de service (qualité, continuité, investissements), faute de quoi l’acceptabilité se dégrade. 

En 2026, le sujet sera donc non seulement la hausse de la contribution (de 6,5 à 6,95 milliards), mais aussi la cohérence entre effort demandé et performance énergétique, car c’est cette cohérence qui conditionne le consentement et la capacité à absorber la charge.

Sur l’électricité, le Kenya offre un exemple utile : la facture d’électricité y intègre une série de taxes et prélèvements, en plus du tarif de base. Des décryptages locaux recensent plusieurs taxes appliquées aux achats d’électricité, dont une TVA de 16 %, mais aussi des prélèvements sectoriels (électrification rurale, régulation, eau, ajustements). Le résultat est connu : une part significative du total payé par l’usager provient d’éléments non liés au “kWh pur”, mais à la fiscalité et aux charges annexes. 

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