Le Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC) a officiellement relancé son action après l’audience accordée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema au nouveau Bureau conduit par Guy Bertrand Mapangou. Institution consultative inscrite dans la Constitution, le CESEC se positionne comme un espace de production d’avis techniques à destination de l’Exécutif et du Législatif. Une relance qui intervient toutefois dans un contexte budgétaire contraint, marqué par une nécessité de discipline financière accrue et une priorisation obligatoire des dépenses sociales jugées essentielles.
Sur le plan financier, le CESEC dispose d’un budget de fonctionnement estimé, selon les lois de finances récentes, entre 4 et 6 milliards de fcfa par an, couvrant indemnités des conseillers, administration, études et fonctionnement courant. À l’échelle d’un budget de l’État dépassant 6350 milliards de fcfa, ce montant reste marginal (moins de 0,1%), mais il n’en demeure pas moins symbolique dans une période où chaque ligne budgétaire est scrutée.
La question n’est donc pas tant le coût absolu que le rendement institutionnel : que produit concrètement le CESEC au regard des ressources mobilisées ? Le rôle du CESEC est strictement consultatif. Il n’adopte ni lois ni règlements, mais formule des avis, rapports et études sur les politiques économiques, sociales, environnementales et culturelles. En théorie, il sert de sas entre la société civile organisée et les centres de décision, là où le Parlement débat et tranche politiquement.
En pratique, l’impact de ses travaux dépend largement de leur appropriation par le Gouvernement et les parlementaires, ce qui, historiquement au Gabon, est resté inégal et souvent peu lisible pour l’opinion publique. Des institutions similaires existent ailleurs en Afrique, avec des fortunes diverses. Le Conseil économique, social et environnemental du Maroc (CESE), par exemple, s’est imposé comme un acteur reconnu de l’expertise publique, produisant des rapports structurants régulièrement cités dans l’élaboration des politiques publiques.
En Côte d’Ivoire ou au Sénégal, ces conseils jouent également un rôle d’appui technique, mais leur influence réelle reste conditionnée à la volonté politique de s’en saisir. Autrement dit, l’existence d’un tel organe n’est pas en soi un gage d’efficacité : tout dépend de son intégration dans la chaîne décisionnelle. En période d’austérité comme actuellement, la pertinence du CESEC se mesurera donc à sa capacité à éclairer les arbitrages difficiles : priorisation des dépenses, efficacité des politiques sociales, soutenabilité environnementale des projets, cohérence culturelle des réformes.
Faute de livrer des analyses robustes, chiffrées et suivies d’effets, l’institution risque de renforcer l’image d’un organe coûteux à l’utilité diffuse. À l’inverse, un CESEC recentré sur l’expertise stratégique pourrait devenir un outil discret mais utile de rationalisation de l’action publique, à condition que ses avis cessent d’être purement décoratifs.











