L’intelligence artificielle n’a pas encore révolutionné l’économie gabonaise, mais elle a déjà son chapitre dans le code pénal. Les articles 52 et 53 s’attaquent aux Deepfakes avec une sévérité qui laisse pantois : jusqu’à 10 ans de prison et 50 millions de fcfa d’amende pour l’usage non signalé de l’IA à des fins d’usurpation. À titre de comparaison, certains crimes de droit commun sont moins lourdement sanctionnés.
Le législateur semble avoir eu une vision apocalyptique du futur. Toute manipulation d’image ou de voix doit désormais porter un marquage « clair et permanent ». L’ironie, c’est que l’on punit avec une force médiévale une technologie de pointe. Si vous faites une parodie un peu trop réaliste d’un ministre grâce à un logiciel, vous risquez de passer plus de temps derrière les barreaux que certains détourneurs de fonds publics.
Cette loi vise clairement à protéger l’image des institutions et des personnalités publiques «défaillants». Puisque des institutions ou des personnalités publiques irréprochables ne s’offusqueront pas d’être imitées. En brandissant des peines aussi disproportionnées, l’État s’assure que personne ne s’avisera de ridiculiser le pouvoir via des montages sophistiqués. C’est la mort de la satire 2.0. On ne badine pas avec l’image, surtout quand elle est générée par des algorithmes.
La difficulté réside dans la preuve. Comment distinguer une IA sophistiquée d’un montage artisanal ? Et surtout, qui aura les compétences techniques au sein de la police pour expertiser ces contenus « d’heure à heure » ? On risque de voir des condamnations basées sur des suspicions technologiques, dans une course effrénée contre le progrès numérique.
Au final, le Gabon se dote d’un arsenal répressif digne d’un film de science-fiction pour réguler un usage encore balbutiant. En voulant prévenir les dérives de l’IA, on crée un monstre juridique qui pourrait bien dévorer la créativité numérique et la liberté de ton. Dix ans pour un trucage humoristique ou satirique, c’est cher payé le pixel.














