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Gabon : pourquoi construire des centres d’emplissage quand la SOGARA tourne au ralenti ?

Le contraste est saisissant dans la zone industrielle de Port-Gentil. D’un côté, la SGEPP inaugure en grande pompe un centre capable de traiter 864 000 bouteilles par an, et de l’autre, la SOGARA, l’unique raffinerie du pays, peine historiquement à satisfaire la demande intérieure en gaz butane. Ce déphasage soulève une question de cohérence industrielle majeure : le Gabon est-il en train de devenir un champion du conditionnement de produits importés ? Actuellement, malgré son statut de producteur de brut, le pays reste tributaire des importations pour environ 40 % à 50 % de ses besoins en gaz, grevant ainsi la balance commerciale.

L’investissement de la SGEPP, bien que vital pour supprimer les pénuries chroniques qui exaspèrent les ménages, ne règle pas le problème de la source. En multipliant les centres d’emplissage sans augmenter simultanément la capacité de fractionnement de la raffinerie voisine, l’État gabonais choisit de traiter le symptôme (la distribution) plutôt que la cause (la production). Cette stratégie de « maillage logistique » risque de se heurter à un plafond de verre : si la SOGARA ne monte pas en puissance, ces nouveaux centres ne feront que transvaser du gaz acheté sur le marché international en devises fortes.

Financièrement, cette dépendance aux importations maintient une pression constante sur les finances publiques à travers le mécanisme de péréquation. Chaque bouteille remplie de gaz importé coûte plus cher à l’État qu’une bouteille issue de la production locale, en raison des frais de fret et de logistique maritime internationale. Le nouveau centre de Port-Gentil permet certes d’économiser sur le transport terrestre entre Libreville et la cité pétrolière, mais l’économie réelle reste marginale tant que la matière première ne sort pas des colonnes de distillation gabonaises.

Outre l’aspect économique, ce paradoxe souligne l’urgence d’une intégration verticale du secteur. Une véritable souveraineté énergétique ne peut se construire sur des infrastructures de stockage et d’emplissage seules. Elle nécessite une synergie parfaite entre le raffineur, qui transforme le brut en butane, et l’entreposeur, qui livre le produit fini. Pour l’heure, le Gabon semble privilégier une solution de « pompier » pour éteindre le feu des pénuries sociales, au risque de négliger l’investissement de fond dans son appareil productif.

Si l’effort de la SGEPP est louable pour le quotidien des Gabonais, il met en lumière le retard accumulé dans la modernisation de l’outil de raffinage. Les regards se tournent désormais vers la SOGARA qui, sous la pression de ce nouveau dynamisme logistique, n’a plus d’autre choix que d’accélérer sa propre transformation. Le succès de la politique énergétique nationale se mesurera à la capacité du pays à remplir ces 864 000 nouvelles bouteilles annuelles avec un gaz 100 % « Made in Gabon », garantissant ainsi une réelle indépendance vis-à-vis des chocs extérieurs.

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