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Industrialisation : le Gabon en tête en Afrique centrale, mais la bataille de la transformation ne fait que commencer

Être classé premier pays le plus industrialisé d’Afrique centrale par la Banque africaine de développement (BAD) constitue une performance qui mérite d’être soulignée. Dans une sous-région souvent confrontée à des défis structurels en matière de diversification économique, le Gabon devance des économies comme la Guinée équatoriale et le Cameroun, pourtant plus peuplée pour le second ou disposant d’un tissu économique plus étendu. Ce leadership régional traduit les efforts engagés depuis plus d’une décennie pour renforcer la place de l’industrie dans l’économie nationale.

Mais derrière cette première place se cache une réalité plus complexe. Car si le pays domine l’Afrique centrale, il reste encore en dehors du cercle des dix économies les plus industrialisées du continent. Selon l’Indice de l’industrialisation en Afrique (IIA) 2025 de la BAD, le Gabon occupe la 12ᵉ place africaine avec un score de 0,6021, loin derrière les locomotives industrielles que sont le Maroc, l’Afrique du Sud ou encore l’Égypte.

Quinze années de progression continue mais lente

Il serait toutefois injuste de réduire cette performance à une simple rente extractive. Le rapport de la BAD met en évidence une progression remarquable du pays au cours des quinze dernières années. Entre 2010 et 2024, le Gabon a gagné onze places dans le classement continental, passant du 23ᵉ au 12ᵉ rang africain. Peu de pays sur le continent peuvent revendiquer une telle progression sur une période aussi courte.

Cette amélioration résulte notamment des politiques de transformation locale mises en œuvre depuis le lancement du Plan stratégique Gabon émergent (PSGE) en 2009. L’interdiction de l’exportation des grumes, le développement des chaînes de valeur forestières, la création de la Zone économique spéciale de Nkok et les incitations à la transformation industrielle ont contribué à accroître la valeur ajoutée produite sur le territoire national.

Nkok, symbole d’une industrialisation en construction

La Zone économique spéciale de Nkok demeure aujourd’hui la vitrine la plus visible de cette stratégie. En quelques années, elle a attiré des dizaines d’investisseurs industriels spécialisés dans la transformation du bois, permettant au Gabon de devenir l’un des principaux exportateurs mondiaux de produits bois transformés. Cette évolution marque une rupture avec le modèle historique basé sur l’exportation de matières premières brutes.

Dans le secteur minier également, les ambitions se précisent. Quatrième producteur mondial de manganèse, le Gabon entend accélérer la transformation locale de ce minerai stratégique à travers plusieurs projets industriels. L’objectif affiché par les autorités est clair : réduire progressivement la dépendance aux exportations de matières premières non transformées et augmenter la part des produits à forte valeur ajoutée dans les exportations nationales.

Une dépendance persistante aux matières premières

Malgré ces avancées, les fragilités structurelles demeurent importantes. Le pétrole continue de représenter près de 45 % du PIB, environ 80 % des exportations et près de 60 % des recettes fiscales. Une telle concentration expose l’économie nationale aux fluctuations des cours internationaux et à l’épuisement progressif des réserves pétrolières.

Le constat est similaire pour le manganèse et le bois. Si l’idée de la transformation locale progresse, ces filières restent largement dominées par des ressources naturelles dont les performances dépendent des marchés mondiaux. La création de richesse demeure donc fortement liée à l’extractivisme.

L’agriculture et la pêche, les prochains chantiers

Le véritable défi de l’industrialisation gabonaise réside désormais dans sa capacité à élargir sa base productive. L’agriculture continue d’afficher des performances modestes malgré les importants besoins du marché intérieur. Chaque année, le pays importe encore une part significative de ses produits alimentaires, illustrant les limites de la souveraineté alimentaire nationale.

La pêche constitue également un gisement de croissance encore insuffisamment exploité. Avec plus de 800 kilomètres de côtes et des ressources halieutiques abondantes, le Gabon dispose pourtant des atouts nécessaires pour bâtir une véritable industrie de transformation des produits de la mer, créatrice d’emplois et de devises.

Transformer le leadership régional en puissance industrielle

Le classement de la BAD confirme que le Gabon a franchi des étapes importantes dans sa trajectoire industrielle. Les progrès réalisés depuis quinze ans démontrent qu’une politique volontariste peut produire des résultats tangibles, même dans une économie historiquement dépendante des matières premières.

Toutefois, la véritable réussite ne se mesurera pas seulement à la capacité du pays à conserver son leadership en Afrique centrale. Elle dépendra surtout de son aptitude à bâtir une véritable industrie diversifiée, compétitive et résiliente. Car dans un monde marqué par la transition énergétique, la volatilité des marchés et la montée en puissance des chaînes de valeur régionales, l’avenir industriel du Gabon se jouera moins dans l’extraction que dans la transformation, l’innovation et la création de valeur locale.

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