Le porte-parole de la présidence de la République gabonaise a reconnu la suspension du paiement de certaines échéances dues à la Banque africaine de développement (BAD), à l’occasion de sa traditionnelle conférence de presse de ce vendredi 17 juillet 2026. Un choix qu’il a expliqué par l’échec de certains projets financés par cette institution, tout en assurant que le Gabon honorera, in fine, sa dette.
La déclaration avait le mérite d’être franche. Lors de cette conférence de presse, Théophane Nzame Biyoghe, porte-parole de la présidence de la République, a confirmé que le Gabon enregistre aujourd’hui un peu plus de 30 milliards de fcfa d’arriérés auprès de la BAD, et que Libreville a délibérément suspendu le règlement de certaines échéances. Il a justifié ce choix par une question de priorités. À savoir, payer une dette adossée à des projets non aboutis, ou financer les urgences sociales.
En tête des projets pointés du doigt, le naufrage du Programme intégré pour l’alimentation en eau potable et l’assainissement de Libreville (PIEPAL), financé par la BAD à hauteur d’environ 100 milliards de fcfa. Lancé en 2019 sous Ali Bongo Ondimba pour résoudre la crise de l’eau dans la capitale, le programme a accumulé un tel retard que le président Oligui Nguema a lui-même reconnu son échec devant le Parlement, le 16 juin dernier. « Nous avions des rues entières éventrées pour poser la tuyauterie, avec la promesse que l’eau allait arriver. Mais l’eau n’est jamais arrivée », a rappelé Théophane Nzame Biyoghe.
« Il n’y a tellement pas d’eau que l’État a récemment engagé 120 milliards de francs CFA avec l’entreprise Suez, soit à peu près le même montant, pour réaliser la même chose. Le choix est donc vite fait », a-t-il ajouté.
Second exemple évoqué, la route Ndendé-Doussala, censée relier le Gabon au Congo-Brazzaville, également financée par la BAD. Longue de 48 kilomètres, cette route lancée en 2024 n’était exécutée qu’à 27 % en mars 2026, alors que plus de 62 % du délai contractuel s’était déjà écoulé, selon des sources concordantes. Face à cette situation, la BAD et le gouvernement ont sommé l’entreprise adjudicataire, le chinois Sinohydro, d’accélérer la cadence. Mais l’énorme retard pris illustre le même problème que celui du PIEPAL : des financements mobilisés, un service de la dette qui court, et des résultats qui tardent à se matérialiser.
« Le Gabon est prélevé au compte de la dette alors que les chantiers n’avancent pas. Les résultats ne sont pas là. Qu’est-ce qu’on fait ? On continue de perdre de l’argent pour des chantiers qui ne prospèrent pas et ne profitent pas aux Gabonais ? Ou alors on décide de se concentrer sur nos priorités, avec l’assurance que, dans tous les cas, nous tiendrons nos engagements », a interrogé le porte-parole.
Malgré ce décalage, le porte-parole de la présidence a tenu à rassurer de ce que le Gabon réglera sa dette auprès de ses partenaires financiers. « L’État gabonais tiendra ses engagements, mais il tient d’abord à régler les priorités sociales. » Il a rappelé qu’au cours de la dernière campagne présidentielle, le Gabon avait soldé l’ensemble de ses engagements à jour. Mieux, que deux autres enveloppes avaient été décaissées fin 2025 — 12 milliards de fcfa, puis 24 milliards supplémentaires en fin d’année — au titre de la dette envers ces partenaires multilatéraux. Une preuve, selon lui, de la capacité du pays à éponger ses créances.
Anticipant le risque d’une dégradation de la note souveraine du pays, du fait de ces impayés, il a conclu par une formule, là encore, très franche : « Les Gabonais ne boivent pas les notes ni les délibérations des agences de notation. Les Gabonais veulent de l’eau au robinet. Et c’est cela la priorité du président de la République. ».
Cette sortie intervient alors que le ministère de l’Économie finalise un audit complet de la dette publique du pays. Les chiffres provisoires donnent la mesure de l’enjeu : environ 8 700 milliards de fcfa, soit entre 70 et 74 % du PIB.














