Créer un instrument public de financement des entrepreneurs ne suffit pas : encore faut-il récupérer l’argent prêté. Le président Brice Clotaire Oligui Nguema l’a reconnu dans son discours du 30 août 2026 en dénonçant le comportement de certains bénéficiaires des mécanismes publics de soutien à l’entrepreneuriat. « Certains bénéficiaires, qui ont pourtant reçu l’appui de l’État, refusent aujourd’hui d’honorer leurs engagements », a-t-il déclaré en évoquant la Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat du Gabon (BCEG).
La BCEG a précisément été créée pour répondre à l’une des difficultés récurrentes des entrepreneurs gabonais : l’accès au crédit. Selon le président, l’établissement doit offrir aux jeunes Gabonais des « conditions préférentielles d’emprunt et de remboursement » afin de stimuler l’initiative privée et la croissance. Ce choix revient à utiliser un instrument financier soutenu par l’État pour prendre en charge une partie du risque que les circuits classiques de financement ne souhaitent pas nécessairement assumer dans les mêmes conditions.
Mais cette stratégie ne peut fonctionner durablement que si une proportion suffisante des crédits est remboursée. Les sommes récupérées peuvent alors contribuer à financer de nouveaux emprunteurs et à préserver la capacité d’intervention de l’établissement. À l’inverse, une accumulation d’impayés détériore la qualité du portefeuille et peut nécessiter des provisions ou des ressources supplémentaires. Le discours présidentiel ne permet toutefois pas encore de déterminer l’ampleur du problème : aucun montant d’impayés, taux de défaut ou volume de créances en souffrance n’a été communiqué.
Le pouvoir veut désormais remettre la discipline financière au centre du dispositif. Oligui Nguema annonce que les mécanismes de suivi et de contrôle seront renforcés et que les manquements seront sanctionnés. Derrière cet avertissement se joue la crédibilité même du modèle : si les financements préférentiels accordés par une institution soutenue par l’État sont assimilés par certains bénéficiaires à des ressources qu’il n’est pas indispensable de rembourser, le crédit risque progressivement de se rapprocher d’une logique de subvention.
C’est désormais sur les comptes de la BCEG que devra se mesurer la réalité du problème soulevé par le président. Combien l’établissement a-t-il effectivement prêté depuis le démarrage de ses activités ? Combien d’entrepreneurs ont reçu un financement ? Quelle proportion des échéances exigibles a été remboursée ? Quel est le niveau des créances en souffrance ? Les réponses permettront de savoir si l’avertissement du 30 août relève essentiellement d’un rappel à la discipline ou révèle déjà une fragilité financière plus profonde du nouvel instrument public de financement de l’entrepreneuriat gabonais.














